‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 72 sur 104 · INSTALLATION DU CONSUL · texte numérisé non relu

INSTALLATION DU CONSUL

terrible scène de la Rue de la Victoire, reconquis par cette femme qu'il aime toujours et à qui il ne sait que pardonner, il visite le château et le parc, s'y plaît et s'y installe. C'est une demeure pour lui qui n'a jamais fait que passer dans des collèges, des écoles, des casernes, des chaumières, des palais, auberges de hasard et de passage où il n'avait à lui que ce qu'il portait sur le corps ; il tient avant tout à présent à posséder une habitation qui soit à lui, avec un jardin où il puisse promener l'ardeur bouillonnante de son cerveau, avec quelques bouts de terre dont il se puisse dire qu'il est le maître. Et il paye, mais en son nom, non pas au nom de Joséphine, les 210 000 francs restant dus aux du Moley, et il paye le reste, les dettes criardes, les terres de Belgique, tout ce qu'on lui demande alors de payer.

Tout de suite, c'est Brumaire, et dès lors, aussitôt qu'il a la liberté d'un jour, c'est à Malmaison qu'il accourt se distraire, se détendre, se reposer même. Là, il a un jardin où il marche à son aise et où la foule ne le presse point à son passage. La maison lui convient ; il n'y faudrait que des pièces un peu plus vastes. Sans doute, il prétend n'y être qu'un simple particulier ; il fait le rêve de s'y retirer, d'y mener la vie campagnarde, d'y devenir le juge de paix de son canton ; mais, en attendant, il manque d'air et voudrait pousser les murs. Joséphine, aussitôt, appelle Fontaine, l'architecte à la mode, qui a déjà restauré l'hôtel de la rue ChantereinA, et dès le printemps, on commence les travaux.

D'abord, c'est une salle à manger plus grande qu'il faut et rien ne paraît plus simple que de la faire en réunissant à l'ancienne salle à manger les petites pièces qui précèdent la chambre que Bonaparte habite au rez-de-chaussée ; mais, comme il arrive dans les vieilles maisons, dès qu'on met la pioche on a des surprises : poutres pourries, murs en délabre, mauvaise construction. Les architectes qui ont entrepris d'ouvrir par des arcades les pièces du rez-dechaussée de façon à ne faire, en quelque sorte, au moyen de glaces mouvantes et sans tain, qu'une seule grande pièce des trois qui forment le corps de logis entre les pavillons, désespèrent d'avoir terminé pour le retour du Consul qui est à l'Armée de réserve. Joséphine est venue s'installer au milieu des ouvriers et sa présence est une complication nouvelle. A la nouvelle de Marengo, malgré les travaux en cours, elle donne un grand souper sous des tentes qu'elle se fait prêter. Tous les jours, elle a des gens à déjeuner et à dîner, car elle hait la solitude, et il faut constamment faire, défaire et refaire des organisations provisoires. Pourtant, à son retour, le Premier Consul trouve la salle de billard, le vestibule et la salle à manger, presque achevés ; il paraît satisfait, mais il faut à présent qu'on lui décore le salon, qu'on fasse une salle du conseil sur l'emplacement de la chambre qu'il occupait au rez-de-chaussée et que, dans le pavillon d'angle à la suite, du côté du midi, on lui organise et on lui décore une bibliothèque. Puis, au premier étage, au-dessus du salon, on lui pratiquera

un petit appartement selon ses goûts avec une salle de bain, un cabinet de toilette, une chambre de valet de chambre et les petites pièces nécessaires.

C'est fort bon, mais, lorsqu'on s'occupe de la bibliothèque, il faut rétablir les gros murs, puis il faut détourner les tuyaux de cheminée de la cuisine qui est dans le sous-sol, puis c'est le chauffage, les poêles à dissimuler dans les piédestaux des colonnes. « C'est une sacristie, » dit le Premier Consul, mais on compte pour sauver l'aspect sur les peintures de la voûte.

On peint donc et les plafonds de la bibliothèque, et la frise dans la chambre du Consul, mais voici qu'on s'aperçoit que tous ces travaux, les percements, les remaniemenrs, les passages de cheminées nouvelles, les coups de marteau portés sans précaution ont ébranlé les murs de façade. Ainsi est-il des vieilles gens qu'on ne transporte pas impunément dans une maison nouvelle. Avec les distributions maintenues telles que jadis, les murs des Perrot auraient encore été solides deux siècles durant : ils croulent à présent et il faut les reprendre, et comme encore l'on n'est point certain de leur solidité, crainte qu'ils ne fléchissent, il faut les soutenir extérieurement par des pieds-droits en pierre de taille, sur lesquels on placera, comme ornements, des vases et des statues. Cela fait, l'on peut percer un petit escalier pour faire communiquer la chambre du Premier Consul avec le petit salon qu'on nomme la Galerie, et, à l'autre extrémité, un second petit escalier, du premier étage à la bibliothèque. Pour aborder cette bibliothèque, Bona-

parte n'en devra pas moins traverser toute la maison, soit au rez-de-chaussée, soit au premier étage.

Après, il faut arranger des logements dans les étages ; outre l'appartement du Consul et celui de Mme Bonaparte, on en fait six assez commodes au premier ; dix plus médiocres au second. On enlève les cuisines des sous-sols, pour les porter dans les bâtiments de la ferme ; on reconstruit, on aménage, on orne même les écuries et les remises : à la paix, on bâtit un corps de garde, une maison de jardinier sur la route ; on pose une grille, on construit un tourne-bride, on établit une orangerie, et l'on commence les plantations, sujet d'éternelles querelles entre Fontaine qui prétend au moins sauver quelques belles avenues et Mme Bonaparte qui ne veut rien qu'à l'anglaise, rien que du tortueux, du mouvementé, de l'accidenté, avec précipices, rivières, temples, comme à Méréville, comme à Morlefontaine, comme au Désert, une fausse nature qui ferait prendre la vraie en horreur î

Le 1 prairial an IX (27 mai 1801), vingt mois à peine après qu'il est revenu d'Egypte, Napoléon veut voir ses comptes. Les architectes récapitulent les dépenses faites sur des acomptes donnés, soit par le secrétaire Bourrienne, soit par l'intendant Pfister ; cela va au delà de 600 000 francs; on ira au double et l'on n'aura pour cette immense dépense qu'une mauvaise maison étayée et légèrement rétablie. Bourrienne met cet état sous les yeux du Consul qui demande à quoi et comment une telle somme a été

employée. Vingt fois allant et venant dans l'allée, il répète le même reproche. Fontaine, qui reçoit la bourrasque, répond de temps en temps : « Je vous avais prévenu, Général, et, après cela, je devais obéir. »

Il avait en effet présenté un plan, bien autrement complet, agréable et imposant; sur le rampant de la colline, il aurait construit un pavillon isolé, en belle vue, que le Premier Consul et Mme Bonaparte auraient occupé seuls avec leur suite ; et qui, placé d'équerre avec le vieux château changé de forme, restauré, réservé à la famille et aux amis, aurait communiqué avec lui par une galerie à colonnades; en face du vieux château, à une distance égale du pavillon, un corps de logis semblable aurait servi au travail des ministres et des fonctionnaires de l'État ; une cour, longue de plus de cent mètres, large de soixantequatorze eut séparé les trois bâtiments; quantité de détails jolis, pittoresques et bien conçus eussent complété cette ordonnance qui eût eu de la majesté et où « le Premier Consul, dit Fontaine, eût trouvé une existence assez large pour n'avoir ni le goût ni e désir de changer de campagne ». Mais, au premier aspect du devis, Bonaparte avait reculé ; le chiffre présenté en bloc l'avait effrayé; de plus, il eût fallut renoncer, au moins durant une saison, avenir, comme il faisait, passer deux jours chaque décade — ce pourquoi, les architectes avaient, pour faire leurs changements et poser leurs décorations, tout juste neuf jours. Ce n'était point assez pour bâtir deux

châteaux, mais ces médiocres travaux, constamment interrompus et repris, coûtèrent en une année ce qu'on eût dépensé au total pour réaliser le projet de Fontaine.

Pour ces 600 000 francs qui, joints au prix d'achat et à diverses acquisitions de mobilier, mènent bien près du million, qu'a-t-on à présent?

Au-devant de la maison, sur la cour d'entrée, une sorte de vestibule en forme de tente, dont le toit est porté par des faisceaux de lances, sur qui d'autres lances s'abattent ; au fronton, des trophées sont figurés et, au-dessous, des rideaux en toile peinte blanc et bleu s'ouvrent sur un lacis de lances de zinc et de ronds de cuivre. « Cela a l'air d'une loge pour les animaux à montrer à la foire, » dit Bonaparte; mais, répondent les architectes, il a bien fallu trouver un endroit où faire attendre les domestiques, puisque le vestibule intérieur est devenu une pièce des appartements. Ce vestibule, soutenu par quatre colonnes stuquées, a ses murs stuqués et seulement, au-dessus des portes et sur quelques panneaux, de légers motifs de décoration à l'antique. Les jours où il y a affluence, c'est là qu'on déjeune et qu'on dîne et, à dater du Consulat à vie, ce sera la salle à manger ordinaire des officiers et des dames de service. Ce vestibule assez vaste, occupant toute la profondeur du bâtiment, ouvre de l'autre bout sur le parc, au moyen d'un pont jeté sur le fossé, sous une modeste marquise de tôle, en forme de tente ; par deux portes à double battant encadrant une arcade que ferme une glace

sans tain, il communique à droite avec la salle de billard et les salons, à gauche, avec la salle à manger, la salle du Conseil, le cabinet de travail et la bibliothèque. Les quatre portes ouvertes, les trois pièces ne semblent en former qu'une seule. La salle de billard, fort nue et sans nulle recherche d'ornement, percée d'ailleurs de portes sans nombre qui ne laissent pour ainsi dire pas un panneau libre, est décorée seulement des portraits de scheicks auxquels Napoléon, comme il dit, « a eu affaire en Egypte », et d'une grande glace qui, à travers la glace sans tain, reflète le vestibule et la salle à manger ; elle ouvre à droite sur une antichambre où aboutit l'ancien escalier, tout droit, tout simple et des plus modestes ; une autre porte donne accès au salon décoré en dix jours, par Jacob, de lambris en acajou plein avec encadrements en velours et draperies en étoffe sur les portes. Gela paraît triste au Consul et, pour l'égayer, Ton demande des tableaux à Gérard, à Girodet, à Bidault, à Taunay, à Duperreux et à Lecomte. Gérard peint : Ossian évoquant les fantômes au son de la harpe sur les bords du Lora, et Girodet : Ossian et les guerriers recevant dans le Walhalla les guerriers français morts pour la Patrie. Ceci plaît infiniment à Bonaparte : « Vous avez eu une grande idée, dit-il à Girodet, les figures de ce tableau sont véritablement des ombres ; je reconnais les généraux. » Les autres sujets, qui les choisit? C'est le Premier Consul couché, dormant de fatigue au passage des Alpes et le Général Bonaparte sur le tomme l des Alpes : on met les cadres en place, le

jour où le roi d'Etrurie doit venir visiter le Premier Consul. Bonaparte entre, regarde les deux toiles avec humeur et ordonne que de suite on les enlève. Il resta la Joséphine au lac de Garde de Lecomte, et un Taunay représentant le Général recevant des prisonniers autrichiens. Plus tard, les portraits de Joséphine et de Madame Mère, par Gérard, remplacèrent les tableaux condamnés.

Ce Salon ne garda pas longtemps cette décoration. Il reçut, avec une belle cheminée en marbre blanc à incrustations de mosaïque et de pierres antiques — présent du Pape Pie VII — une vive et claire peinture murale, encadrée dans de hautes colonnes peintes et dorées ; les panneaux aimables, aux sujets mythologiques étaient soutenus par des grecques et des chimères ; au plafond, couraient des motifs analogues, très légers, entre des caissons de feuilles de laurier, au-dessus d'une frise plus chargée et plus sombre, coupée çà et là de masques antiques. Deux belles tables en stuc, ouvrage de Florence, sur lesquelles prirent place les vases de la manufacture de Berlin, présent de la Reine de Prusse ; aux murs, les grands tableaux de Girodet et de Gérard; le meuble d'acajou, couvert en tapisserie faite par Joséphine et ses dames, fond en soie blanche avec le double J entre» lacé en roses pompons, n'apparaissant en sa splendeur qu'aux grands jours et, d'ordinaire, protégé par des housses en gros de Naples gris ; sur la cheminée une penduh en pierres précieuses — jaspe fleuri, malachite, lapis-lazuli, lumachelle chatoyante,

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pierres de labrador, — rappelant par sa composition l'Arc de triomphe de Septime Sévère et offerte aussi par le Pape.

De ce salon de compagnie, l'on entrait dans une pièce appelée Galerie ou Salon de Musique, exécutée et décorée en dix jours par Jacob et Moënch, tout au début du Consulat, et qui, avec ses meubles d'acajou recouverts en drap gris souris et ses rideaux de mousseline brodée, fit l'amorce, d'un côté de la Grande galerie construite en 1808, de l'autre de la petite chapelle édifiée postérieurement au divorce.

En revenant dans le vestibule et en prenant à gauche, c'est d'abord la salle à manger aux panneaux peints par Laffite représentant des danseuses pompéiennes; ces panneaux où, sur fond blanc, s'enlèvent les figures dansantes, sont encadrés d'une large bande noire appliquée sur une plus large, rouge antique, et sont séparés par des colonnes de stuc engagées. Au-dessus de chaque figure, un vase ou une patène fait un ornement très simple.

Après la salle à manger, vient la Salle du Conseil, décorée en manière de tente avec des trophées a l'antique appliqués sur les panneaux réservés, tandis que, suspendues à des faisceaux de lances devant les fenêtres, des armures et des casques de carton pâte simulent le moyen âge. La pièce est comme séparée en deux parties par une sorte de balustrades que terminent d'autres faisceaux de lances accommodées de drapeaux ; derrière cette balustrade est la table du Conseil.

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Puis c'est un cabinet circulaire, revêtu de bois d'acajou, disposé en rayons pour y placer des livres, et portant sur les montants quelques bustes d'hommes célèbres ; dans l'embrasure de la fenêtre, la table «lu secrétaire intime ; au-dessus de la boiserie, un beau portrait de Frédéric II.

La Bibliothèque, qui suit, est la pièce principale de cette aile du logis. Yu la disposition des lieux, les pièces dont on l'a composée et le peu de solidité du bâtiment, il a fallu la diviser en trois parties avec des colonnes doriques à jour supportant des arcs qui forment pignon. On a donné une forme circulaire aux deux extrémités dont lune est terminée par la cheminée, surmontée d'une glace sans tain donnant vue sur la campagne, l'autre par une porte-croisée accédant à l'avenue du parc par un petit pont jeté sur le fossé. Les colonnes sont disposées deux à deux comme pour supporter un édicule, sur une base extrêmement large et épaisse Où sont dissimulés les poêles. La décoration à fresque du plafond a, pour motif central, Apollon et Minerve ; autour, médaillons des yrands poètes, dans un joli cadre d'antiquité ; sur les arcatures, fort larges, autres médaillons de plus grande dimension, et décor nourri sur les retombées des voûtes; des rappels de même style aux panneaux et aux portes ; celte salle de grande dimension el tenant toute la profondeur du pavillon, est, peut-on dire, la pièce type, celle où les architectes ont le mieux exercé leur goût et où ils ont eu le plus de temps pour le satisfaire. C'est la seule aussi où l'on

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«ente un effort vers le grandiose, mais cet effort est arrêté par l'obligation de soutenir le bâtiment.

Voilà donc ce qu'on a obtenu pour 600 000 francs, et, à vrai dire, cela ne passe guère la banalité courante et eût semblé pauvre à des financiers ; c'est pourtant dans ce décor médiocre, c'est en cette habi tation restée bourgeoise malgré tout, que Joséphine a fait ses délices et que, toujours, elle est revenue avec empressement s'abriter, s'y trouvant mieux à son gré qu'en n'importe quel palais. Et ce n'est point pour les souvenirs qu'elle y trouve, c'est pour le lieu même. Certes, elle a passé là des journées inoubliables, celles des deux premières années du Consulat, quand B maparte, aussi amoureux qu'elle de Malmaison, prenait plaisir à restaurer le vieil édifice comme ailleurs il faisait de la France, mais ce n'est bientôt devenu pour sa taille grandissante qu'une demeure d'attente où il se sentait à l'étroit ; il lui fallait d'autres horizons, des salles plus vastes, des décorations plus somptueuses et, mesurant sa fortune aux logis où elle le menait, c'étaient des palais qu'il lui fallait. Arrivant germinal an IX (mars-avril 1801), lorsque, sur l'ordre du Ministre de l'Intérieur, Lenoir eut livré, du dépôt des Grands-Augustins, pour orner les piedsdroits, le vestibule, le château, le parc entier, une quantité d'œuvres d'art : douze bustes en porphyre avec draperie dorée, représentant les douze empereurs romains, un buste en porphyre d'Alexandre, et un de Minerve ; vingt bronzes d'après l'antique, sept s ta lu ;s, dont l'Apollon et la Diane chasseresse, dix autres sta-

tues en marbre provenant la plupart de Marly, deux grands vases en marbre blanc, huit bustes en marbre blanc d'après l'antique, deux colonnes de douze pieds en brèche violette, deux têtes de philosophe en bronze, deux bustes de marbre blanc d'après l'antique, un basrelief de Girardon représentant la Mélancolie, un basrelief du premier style grec venant de la salle des Anliques au Louvre, une statue de grandeur naturelle de Germain Pilon représentant un capucin, six têtes colossales d'empereurs romains en marbre blanc, un groupe en albâtre de Jean Bullant, Sainte Anne montrant à lire à la sainte Vierge, un Neptune colossal de Puget, une nymphe, une Diane, un Amour de Tassaërt, puis des colonnes, quatorze colonnes de marbre blanc, de marbre grand antique, de granit gris, de marbre rance ; lorsque, des deux côtés da petit pont, sur le parc, se dressèrent l'Apollon et la' Diane, que le Capucin eut trouvé logis dans une grotte du parc, que les colonnes de brèche violette eurent été destinées à la serre, que les colonnes de marbre eurent fait un temple pour lequel on trouva aussi un pavage de marbre, que les statues, alternant avec les vases, occupèrent les pieds-droits de la façade, qu'un peuple de divinités de marbre se fut dispersé dans les perspectives des avenues, que, dans le vestibule et la salle à manger, eurent été disposés ces bustes d'empereurs qui semblaient des figures d'ancêtres, il sembla au Premier Consul que Malmaison était fort complet ainsi, qu'il n'était besoin d'y rien dépenser de plus, et qu'il était temps d'enrayer.

N'avait-il pas donné tout ce qu'il fallait, même, pour la jeunesse, les jeux d'exercice, jeux de bague, escarpolettes, bascules, jeux de quille, aux formes empruntées de l'Egypte ou de la Chine, et qui semblent des temples abolis ; n'avait-il pas, après les paravents entre lesquels l'on donnait les charades, fait construire pour ses acteurs de société un théâtre portatif qu'on montait à chaque représentation à côté du salon, et, cela ne suffisant pas encore, n'avait-il pas livré aux architectes la grande pièce au second étage dans le pavillon du nord, pour y faire une salle de spectacle? C'est vrai qu'on était obligé de quitter le salon, de grimper l'escalier, et que la salle, pour foyer, dégagement et sortie, n'avait que le palier. Mais n'y était-on pas assez bien pour rire et faire des farces? Qu'on ne lui demande plus d'argent ; s'il pense à donner encore une fête, un grand repas à Malmaison, le 8 prairial (28 mai), quand l'architecte qui a commandé une tente octogonale de cinquante pieds de long à placer au sortir du vestibule, au bout du petit pont, vient lui présenter le devis, il décommande tout. Déjà il pense à Saint-Cloud et, au mois de fructidor (septembre), il en adopte le projet de restauration, que soutient Berthier et que combat vainement Joséphine. A partir de ce moment, c'est presque fini pour lui de l'intérêt qu'il a porté à Malmaison ; comme c'est tout de même son habitation pour une année au moins et qu'il peut y revenir, il fait à la vérité achever le bâtiment à l'entrée du parc, du côté de Rueil, pour y loger un piquet de cavalerie ; il fait construire à

Rueil même des casernes pour la Garde consulaire et pour la Gendarmerie d'élite parce que cela sera toujours utile ; mais, lorsqu'il s'agit d'une fantaisie, il résiste : la troupe de Malmaison voudrait un vrai théâtre pour y donner la comédie et l'opéra-comique. Hortense le demande si gentiment qu'il faut céder; mais il veut que ce soit fait le plus économiquement possible ; que, pour trente mille francs, on lui bâtisse en un mois, dans les cours, du côté de la ferme, une petite salle entièrement isolée : pour ce prix, nulle prétention monumentale ; la salle sera d'une solidité médiocre, faite de planches et de torchis, couverte en ardoise, presque transportable au besoin; mais elle aura, à l'intérieur, un parterre, un rang de loges, une galerie, un orchestre, deux petits foyers et donnera place à deux cents personnes au moins. Reliée aux salons par un passage tendu en coutil, elle achèvera, semble-t-il, de donner à Malmaison son caractère par le démesuré et le provisoire de son établissement.

Au reste, quelque économie qu'il prétende y faire en l'an X, il y dépense encore en bâtiments dont près que rien ne doit subsister, une somme de 260 000 francs Il est vrai que cette somme comprend les travaux entrepris dans les jardins et que, ici, ce n'est plus lui qui commande, mais Joséphine. Selon elle, Fontaine et Percier n'ont pas ombre de goût et n'entendent rien au sentiment. Aussi, après avoir engagé un jardinier anglais, nommé Howatson, qui trouve mal tout ce qu'on a fail avant lui et qui suggère des transports d'arbres de Bellevue à Malmaison à un prix inflni et

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