‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 73 sur 104 · JOSÉPHINE ENTRE EN SCÈNE · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE ENTRE EN SCÈNE

avec un succès médiocre, elle a fait appel, sur un mot hasardé par Fontaine lui-même, à celui qu'on appelle le Patriarche des jardins anglais, Morel, qui dès 4 757 prônait l'Art de distribuer les jardins selon les usages des Chinois, et qui, en 1776, a édicté les règles de l'Art des jardins de la nature. Morel, « septuagénaire imbécile », qui vit retiré à Lyon, est arrivé en pompe, a condamné tout doctoralement, même le projet de jardin botanique entièrement adopté par Joséphine et dont une des serres est déjà construite ; Joséphine a fait grise mine aux architectes qui ont voulu se retirer ; Napoléon lui-même a dû intervenir. Ce n'est pas qu'il aime les jardins anglais qui lui paraissent « des niaiseries », mais il pense aussi que les architectes n'entendent rien aux jardins et qu'il y faut des horticulteurs. Il a justement un ancien camarade de régiment, M. Lelieur de Ville-sur- Arce, qui a toujours eu le goût des fleurs; il fait de lui l'intendant de ses jardins et pépinières et croit mettre Malmaison dans son ressort mais Joséphine ne l'entend point ainsi et le prouve. Elle aussi fait son coup d'Etat : le 42 messidor an X (1er juillet 1802), elle remercie les architectes du Premier Consul, Fontaine et Percier, chargés jusque-là de l'exclusive direction des travaux, et, en dehors de Morel, chargé des jardins, elle prend pour diriger ses nouvelles constructions un architecte de son choix nommé Lepère. Lepère, qui a fort voyagé en Turquie et qui a été de l'Expédition d'Egypte, est assez mal préparé à une telle mission ; mais ce que veut Joséphine, c'est un homme à elle, qui ne se

retranche point derrière les volontés de Bonaparte pour esquiver ses ordres et ses contre-ordres, qui se soumette à ses fantaisies et qui ne lui témoigne point par son humeur qu'il les désapprouve.

A partir de ce moment qui coïncide avec l'établissement du Premier Consul à Saint-Gloud (2 vendémiaire an XI — 24 septembre 1802), Joséphine est reine et maîtresse à Malmaison et c'est sou règne qu'il faut voir.

Déjà, le domaine primitif s'est singulièrement agrandi. En bois, il s'y trouve joint 163 hectares (bois de la Fontaine-aux-Prêtres, des Vingt-deux, du Glosde-la-Selle, bois Bachelier, bois Dardayette, vente des Malards, bois de l'Eglise, bois Saurin, bois Brûlé, garenne des Gardes, etc.). Partie sont encore au domaine de l'Etat, mais l'échange en est préparé.

Le pavillon de la Jonchère qui peut d'autant mieux être considéré comme une dépendance que, avant la Révolution, il relevait en fief de Malmaison, a été, au nom d'Eugène, acheté le 14 germinal (4 avril 1801), moyennant 40 000 livres métalliques, d'une dame Raynal qui habite Paris et dont le mari vit à Toulouse ; mais il n'y a là que 4 hectares de jardin anglais et deux acquisitions d'une autre importance ont été faites en l'an X. .

C'est d'abord, à distance presque égale de Malmaison et de Saint-Cloud, de Versailles et de Marly, au milieu de ce massif boisé qui, des bois de Meudon, rejoint presque sans interruption la forêt de Marly, un pavillon de chasse que Louis XV a commencé de

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