LE PERSONNEL. — LE BIBLIOT HÉCAIH E
ment, par son ensemble, le plus précieux document sur les relations de Bonaparte avec les gens de lettres de son temps, car tous les livres qui lui avaient été offerts ou qu'il avait achetés, de l'an V à l'an XI, étaient venus successivement y prendre place et avaient, même sur leur reliure ancienne, reçu au dos le monogramme P . B . entrelacé (La Pagerie Bonaparte). Si un petit fonds conservé à la bibliothèque de Marseille et composé de volumes portant le même monogramme provient, comme on l'affirme, de la bibliothèque emportée par le général en Egypte, cette marque était déjà adoptée par lui pour les livres de la rue Chantereine. Le fait est d'ailleurs rendu presque certain par la connaissance que l'on a d'un volume de Riouffe, publié en l'an VI, adressé cette même année « à Bonaparte l'Italique » et portant, outre le monogramme P. B. sur la reliure, le timbre humide : Bibliothèque de Malmaison. Pauvres d'aspect et d'habillement, reliés en veau plein, cartonnés seulement parfois en papier granité, ces livres, par les dédicaces qu'ils portent, par les coups de plume et de crayon qu'on trouve aux marges de plusieurs, méritent plus d'attention et de respect que s'ils avaient reçu, sur un maroquin précieux, des mosaïques compliquées et la parure des petits fers ; mais il est impossible de se faire même une idée approximative de leur nombre, car le catalogue publié lors de la vente, ne contient qu'une énumération des ouvrages principaux et ne renferme aucune désignation. Tous les genres : histoire, voyages, théâtre, poésies,
romans, dictionnaires, livres de science et d'arl, se trouvaient largement représentés. Outre les dons, les envois des ministères, une somme de 6 000 francs au moins était consacrée, jusqu'en l'an XI, à compléter les séries et à les tenir à jour. Donc, beaucoup de livres, et combien précieux, si l'on pens» que, durant la période peut-être la plus importante de la vie de Napoléon, ils furent tous maniés par lui ; ils furent ses amis, ses compagnons, ses évocateurs de pensées. Et à présent, dispersés pour quelques francs, ils traînent par le monde, inconnus et méprisés !
Dès que Napoléon quitte Malmaison pour Saint- Cloud, la décadence commence pour la bibliothèque. Joséphine n'achète point de livres. Dans ses comptes on en trouve une année pour 125 francs, une autre pour 96 fr. 20 centimes; ce qu'elle achète, ce sont des recueils de gravures, car elle se plaît aux images, comme les enfants, et cela masque l'oisiveté : elle en achète une année pour 1 300 francs, et en fait relier pour 1 200. En dehors des périodiques auxquels elle est abonnée, car c'est la pâture qu'il faut au salon de service, elle reçoit les grands ouvrages publiés par l'Imprimerie impériale. — Description de l'Egypte ou Iconographie grecque. — Elle a part aux souscriptions prises par le Cabinet de l'Empereur aux publications à gravures, telles que le Musée français ; mais, d'elle-même, elle ne dépense rien pour un livre ; elle n'admet point qu'on paye le plaisir de la lecture ; elle, la plus folle en gaspillage, fait cette économie