‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 76 sur 104 · LA BIBLIOTHEQUE DE MALMAISON · texte numérisé non relu

LA BIBLIOTHEQUE DE MALMAISON

entière : c'est le bibliothécaire de l'Empereur qui la fournit « de romans et d'autres lectures amusantes». Barbier tient, à son usage, cabinet de lecture et si ce n'était point au Louvre, ce serait au coin de la rue qu'elle se fournirait de brochures graisseuses et de volumes maculés.

Donc, point d'achats et, à partir de vendémiaire an XII, guère d'ouvrages offerts, aucun presque présenté en dédicace. Il faut, pour que l'on puisse dédier un livre à Mme Bonaparte, une expresse permission du Premier Consul : c'est qu'en effet, sans que Joséphine le sût peut-être, à coup sûr sans qu'elle y eût jeté les yeux, un« Histoire du Consulat de Bonaparte, fort plate apologie grossie de pièces sans intérêt, a été mise sous la réclame de son nom : Rewbell, qui y étaii malmené, a riposté par une lettre directe àMme Bonaparte, lettre très vive, pleine d'allusions sanglantes au passé, et qui — chose assez étrange — a été insérée dans la plupart des journaux et a beaucoup ému Bonaparte. Désormais, c'est fini des dédicaces : si elle a promis d'en accepter, elle s'en tire comme avec M. Vallon, auteur de la Relation des campagnes de Sa Majesté, en lui faisant donner une indemnité de cinq à sept cents francs. Plus de livres d'histoire, de politique, plus même de romans. Seulement des livres spéciaux, comme les Peintures des vases antiques gravées par Cleuer, avec explications par Millin, ou les Lettres sur les Arts imitateurs et sur la Danse en particulier par Noverre, ou encore des almanachs tels quApollon et les Muscs. Pour les traités horticoles, pleine

liberté, c'est qu'aussi l'on ne cherchera point des allusions dans le Bon Jardinier ou dans le Traité des arbres et des arbustes que l'on cultive en pleine terre. C'est là ce qui entre à présent et fait nombre dans la bibliothèque.

Aussi, le Père Dupuy étant mort en 1807 pendant que l'Empereur était eu Pologne, Joséphine ne songe nullement à le remplacer ; les portes de la bibliothèque sont fermées pour le travail : elles s'ouvriront, après le divorce, au désœuvrement des gens de la Cour et l'on sait ce qu'alors deviennent les livres.

A la suite de Dupuy, le personnage le plus important de la maison était toujours Lhuilier, le maître valet qui venait de M. du Moley, et qui, en prêtant ses économies à Joséphine, n'avait pas fait un médiocre placement. Depuis deux générations au moins, ces Lhuilier régissent à Malmaison : n'est-ce point qu'ils doivent, au dedans d'eux, regarder comme leur chose cette terre où ils demeurent et où passent, après quelques mois ou quelques années, ces Parisiens qui n'y connaissent rien ? Lhuilier « espèce de personnage grossièrement malin », dit Fontaine, auquel il fait ombrage, a su s'acquérir par son bagout de paysan madré et entendu, certaines bonnes grâces de Bonaparte qui s'amuse à le faire causer et à raisonner avec lui sur les revenus de Malmaison : pour ses 15 000 francs prêtés, il a 2 400 francs de gages et des profits qui sont à compter.

Le concierge Idale a 1200 francs par an, et sa

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