‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 77 sur 104 · LE PERSONNEL. — GENS DE SERVICE · texte numérisé non relu

LE PERSONNEL. — GENS DE SERVICE

femme autant comme lingère. C'est un concierge comme on l'entend dans les Maisons impériales, avec la responsabilité du mobilier, et, en l'absence des chefs de service, la direction des gens à demeure. Chaque année, Napoléon lui-même lui octroie une gratification de o à 600 francs. A la grille intérieure, Hautex, l'ancien portier de l'Ecole de Brienne, est portier avec 600 francs dégages, mais Napoléon, qui lui dit bonjour au passage, lui donne de temps en temps un pourboire de 2 à 300 francs. A la grande grille et à la grille des écuries, deux autres portiers, Laurent et Gex à 120 et à 600 francs. Pour les animaux qui déjà font une sorte de petite ménagerie, un homme, Tancré, à 600 francs par an. Chaque jour, si on laissait faire, ce seraient de tous les points du monde, arrivage de bêtes rares et curieuses que les fonctionnaires, les marins, les généraux employés aux colonies s'empressent d'adresser à Joséphine dès qu'est devenu public « son goût pour les sciences naturelles ». Mais on dirige les plus encombrantes sur le Jardin des Plantes, et, jusqu'à l'an XI, l'on ne garde que des amusements de parc : cygnes noirs, canards de la Caroline, biches de diverses espèces. De même, il n'y a encore que quelques vaches d'espèce française, à qui suffit une laitière, la femme Hardon, et le personnel se trouve au complet avec deux frotteurs et une fille de maison. Pour le parc, un jardinier, un Anglais, Howatson à 2 400 francs de gages, et six garçons ; pour les vignes, un vigneron. C'est tout.

Tel est l'état des choses au moment où Joséphine prend possession : jusque-là, elle a pu, pour certaines fantaisies médiocres, prélever quelques sommes sur ;sa pension, mais cela ne compte point : c'est Bonaparte quia tout commandé, ordonné et payé. Maintenant pour commander, c'est son tour.

Elle aime le» fleurs, elle le* a toujours aimées, elle y a porté même un goût autrement vif et décidé qu'on ne le rencontre chez les Françaises de son temps. Par là, elle est restée de son pays de naissance. De la vie en plein air, baignée de soleil, il est entré dans ses yeux une familiarité avec la nature, qui n'a eu pour se développer nul besoin d'éducateurs littéraires. Longtemps elle se contente, à défaut d'autres, de nos pâles fleurs d'hiver; tous les jours, Mrae Bernard, la bouquetière à la mode, fleurit son appartement ; elle y met aux murs les fleurs en aquarelles et en tableaux de Redouté, de Van Daël et de Van Spaendonck, mais, bien plus qu'à nos fleurs tendres et légères, aux pétales voltigeantes qui semblent des ailes de papillons, son goût va aux fleurs de son enfance, plus épaisses et brutales, ces fleurs qui semblent faites en chair et nourries de viande, d'une vie si intense quelles font peur et qu'on n'ose y toucher. Ces fleurs-là qui n'ont ni les mélancoliques douceurs, ni les tons fins, ni les nuances dégradées des nôtres, mais qui sont joyeuses, étranges et rares, l'attirent de préférence et dès qu'elle a liberté de se livrer à ses goûts, c'est à ces fleurs exotiques qu'elle se consacre.

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