‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 78 sur 104 · JOSÉPHINE ET LES FLEURS · texte numérisé non relu

JOSÉPHINE ET LES FLEURS

Quel a été son premier instituteur? Napoléon, qui s'est plaint de la dépense, a accusé M. Soulange- Bodin, qu'il aimait peu; c'était un neveu de ce Calmelet, qui a joué un si grand rôle dans la vie de Joséphine et a été durant la Révolution son conseil, son ami, son banquier, lié avec elle au point d'être le témoin de son mariage et le subrogé-tuteur de ses enfants. Joséphine et ses enfants ont une pareille confiance en M. Soulange, qui fut d'abord l'intendant d'Eugène à Paris, puis son secrétaire privé en Italie. Or, M. Soulange avait dès lors cette passion d'horticulture dont il a donné des marques en son parc de Fromont, au point d'y fonder plus tard, sous la Restauration, son « Institut royal horticole ». Il se plaisait à faire des prosélytes et Joséphine était toute disposée à se laisser séduire.

Quand elle eut, pour le plaisir de ses yeux, recueilli et fait recueillir de divers côtés des fleurs rares, on lui fit entendre que rien ne serait plus distingué que d'illustrer Malmaison, en tant que jardin botanique, et qu'il fallait que le monde savant profitât de ses raretés. Endoctrinée par Ventenat qu'elle nomma son botaniste et par Redouté qu'elle promut au rang de son peintre de fleurs, elle les autorisa à peindre et à décrire ses plantes rares. On passa ensuite à la gravure et, bientôt, ce fut la mise en souscription du Jardin de la Malmaison — vingt livraisons à deux louis pièce, chacune de six planches avec texte. De fait, ce fut elle qui paya : d'abord 12 000 francs par an à Ventenat pour ses souscriptions personnelles, puis

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16 000 francs par an à Redouté pour les modèles : de l'an XII à 1808, VenlemU a louché 42 862 ir. 24 et Redouté 85 923 fr. 40. Il est vrai que le livre est fort beau et qu'il contient nombre de plantes non décrites que l'Impératrice a bien voulu baptiser. C'est un présent agréable et rare à offrir aux princes qui visiteront Paris ou de qui plus tard on recevra l'hospitalité. Joséphine ne manquera point de distribuer ainsi son jardin ; n'en aurait-on qu'une preuve, elle suffit : et ce sont les vers que, sous le nom de la déesse Flore, Mme Fanny de Beauharnais adresse a s. a. e. monseigneur l'électeur archichancelier de l'empire germanique sur l'envoi que lui a fait s. m. l'impératrice de la flore de Malmaison.

Ecoutez, Monseigneur, voulant vous rendre hommage, Joséphine dans ce beau jour De fleurs dégarnit son séjour, Pour vous envoyer son image, C'est me jouer an joli tour...

Cela ne vaut-il pas 130 000 francs?

Dès qu'est public ce penchant de l'Impératrice, tous les découvreurs de fleurs nouvelles et tous les explorateurs de pays à fleurs s'empressent à offrir des dédicaces : et c'est la Bonapartea et la La Pageria de la flore du Pérou présentées par Ruiz et Pavon ; c'est, par Palisot Beauvais, la Napoleone Impériale de la flore du Bénin; c'est la Calomeria (Bonaparte Kalo^epos), c'est la Josephinia Imperatrix, celle-ci avec sa fleur d'un blanc de perle,

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