‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 83 sur 104 · COMMENT JOSEPHINE L'EXÉCUTE · texte numérisé non relu

COMMENT JOSEPHINE L'EXÉCUTE

chez les marchands de fleurs et d'arbustes, des fantaisies de terrains, les gages des oiseleurs, même des dépenses pour les décors des pièces qu'on joue au théâtre, pour des gondoles, pour des ponts rustiques ; ce sont de grosses sommes jetées aux entrepreneurs : en 1807, 113 006 fr. 48, dont 80 000 francs répartis par elle-même sans mémoires réglés. En 1808, 47 931 fr. 30, car, à présent, on ne peut se fier à a comptabilité officielle — même à celle de Joséphine. Elle procède en dehors de son secrétaire des dépenses, se fait remettre directement des capitaux dont elle ne justifie aucun emploi et qui, plus que vraisemblablement, servent à son vice.

Un vice nouveau, en effet : celui des fleurs, outre qu'il avait son agrément, avait son utilité. Si Mirbel coûtait cher, il servait bien. Pour les animaux, son jardin d'acclimatation n'était qu'une plaisanterie, c'était un jeu qu'il proposait à Joséphine et dont le public ne pouvait tirer nul avantage. Huet fils, le dessinateur du Muséum, en avait bien eu le titre de dessinateur de la ménagerie de S. M. l'Impératrice et Heine, mais était-ce même une ménagerie? Tous les animaux rassemblés là par le hasard n'étaient que pour l'ornement ou l'amusement. Oiseaux rares, perroquets, perruches, cacatoès dans le vestibule devenu comme une immense volière ; cygnes noirs, cygnes blancs, canards de la Caroline et de la Chine sur les pièces d'eau ; gazelles dans un enclos, kanguroos dans un autre ; ici, des chamois envoyés par le gêné-

rai Menou ou le général Thiébault ; là des animaux de la Guadeloupe qu'avait offerts le général Ernouf, une autruche, des pigeons des îles Moluques dont le roucoulement imitait le roulement d'un tambour, des écureuils volants, bêtes singulières et nocturnes, des cigognes qui venaient de Strasbourg, un phoque, appelé tigre marin, qu'avait présenté un M. Dacosta, surtout des singes, des singes de toutes les espèces, de toutes les tailles, familiers et importuns, surtout un orang-outang femelle, bien élevée celle-là, qu'on habillait d'une longue redingote, qui couchait avec une chemise et une camisole, qui mangeait à table avec un couteau et une fourchette et qui savait faire la révérence, une vraie dame !

Gela, cette parodie d'humanité, un goût de nature chez Joséphine : l'amusement de regarder et de montrer des bêtes curieuses ; le but de promenade que c'est, après déjeuner, de leur porter du pain ; la curiosité déjouer avec des hôtes dressées, et les sujets de conversation que donnent leur intelligence, leur tendresse, ou leur stupidité ; le spectacle infini que présentent les oiseaux, et la grâce de leurs mouvements, et l'étrange de leurs attitudes, et seulement la beauté de leur plumage, si fertile en idées de toilette, cela plaît à Joséphine : les oiseaux surtout; elle en achète constamment, même d'empaillés — comme cette collection payée 1 828 francs au Jardin des Plantes, au naturaliste Dufresne — elle est la meilleure cliente de l'oiselier Réaux, auquel elle prend pour 7 342 francs d'oiseaux en 1807, pour

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