‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 85 sur 104 · LES TERRASSEMENTS- — LES EAUX · texte numérisé non relu

LES TERRASSEMENTS- — LES EAUX

élégante et gracieuse femme se présentant à tous les mains pleines de fleurs rares ? n'est-ce point aimable pour une femme qu'on donne ainsi son nom aux jardins d'étude, comme on fait à Lyon, à Turin et à Marseille, et qu'on projette de lui élever, au milieu des fleurs, des statues de marbre blanc, et n'est-ce pas encore par une fleur, l'une des plus belles des roses, que vit et que vivra, tant qu'il y aura des fleurs, le Souvenir de Malmaison?

Mirbel parti, plus de correspondance, plus guère d'envoi de fleurs; on ne sait à qui s'adresser; les inconnus n'osent point demander directement à Sa Majesté, laquelle, si elle continue à aimer les fleurs pour elle-même, à en distribuer volontiers à qui l'approche, n'éprouve plus pour elles une passion exclusive; il lui manque l'aliment qu'apportent la conversation et la continuelle présence d'un intéressé, suggérant des idées, conseillant des expériences et engageant dans des dépenses. Et juste à ce moment, meurt Yentenat, qui certes n'a point exercé sur Joséphine l'influence de Mirbel, qui est resté à son fang de descripteur, mais qui, Mirbel éloigné, se serait peut-être substitué à lui. Joséphine n'a donc plus un botaniste comme directeur de ses fantaisies, mais hélas ! elle prend un architecte, et qui pis est un architecte de jardins. C'est l'homme à la mode; il ne compte plus les arbres qu'il a abattus, les avenues qu'il a transformées en routes sinueuses, les parterres de broderie qu'il a changés en pelouses galeuses et

pelées', c'est un artiste, ce M. Berthault, le successeur patenté du sieur Morel, vraiment trop vieux à présent et rais en interdit par Napoléon. De 1806 à 1808, grâce à Berthault, ce malheureux parc de Malmaison qui a déjà tant essuyé d'assauts du mauvais goût, en subit un décisif, Il est transformé en entier. D'abord, qu'estce qu'un parc sans eaux vives, sans rivières, sans pièce d'eau? cela est-il soutenable? Peut-on se contenter de cet humble ruisseau que Daru vient de chanter après Delille? Rien n'est plus aisé que d'alimenter des rivières à l'aide de l'étang de Saint-Cucupha. Berthault l'affirme et Joséphine y accède. Point, il est vrai, les propriétaires sur les fonds desquels, depuis près de trois cents ans, débouchent les eaux de l'étang; procès, transactions onéreuses, ce n'est point là pour arrêter Berthault. Seulement, les riverains désintéressés, il se trouve que l'étang ne fournit point le volume d'eau qu'il faudrait; et le lac qu'on a fouillé en 1806 ne garde même point l'eau qu'on y verse; et les rivières qu'on a tordues sur la grande pelouse jusqu'au-devant du château, avec grotte, pont de rochers, quatre cascades, pont de pierre et ponts rustiques, n'ont point de pente et font des mares verdâtres d'où s'élève un chœur de grenouilles. Lorsque, à son retour de Mayence, Joséphine voit le beau résultat de la campagne, elle est au moment de s'encolérer, mais Berthault lui démontre que ce n est rien là et que, dans peu, elle aura des eaux plus belles qu'a Mortefontaine. Il suffit de capter lès sources de laJonchère, de Saint-Cneupha et des coteaux avoisi-

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