‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 87 sur 104 · LES TABLEAUX ANCIENS · texte numérisé non relu

LES TABLEAUX ANCIENS

52 415 fr. 45. En l'an XIII elle avait eu à Bruges, pour 720 francs, un Berghem, les Mages à Bethléem, et, en 1806, le Peseur cCor de Metzu lui avait coûté 1 800 francs.

D'espagnols, seulement trois Murillo, envoyés par le Roi ; de français, un Philippe de Champaigne, acheté 3 780 francs en 1808, un Nattier, deux Alexandre Dufrenoy, cinq Claude Lorrain, sept Nicolas Loir, un Poussin, un Carie Vanloo et un Joseph Vernet.

C'étaient ainsi plus de deux cents tableaux, quelques-uns achetés, la plupart décrochés dans les églises d'Italie et les musées d'Allemagne. Du musée de Cassel venaient grand nombre de flamands — entre autres les Paul Potter, surtout la Ferme d'Amsterdam, célèbre cfans toute l'Europe. Denon avait eu soin des intérêts de celle qui, en 1798, s'était faite si opportunément sa patronne et qui l'avait imposé au général partant pour l'Egypte. Napoléon vainement essayait de réagir, mais les complicités que trouvait Joséphine triomphaient de sa volonté et profitaient de son inattention. Il a dit plus tard : « Quand Joséphine, qui avait le goût des arts, venait à bout, à la faveur de mon nom, de s'emparer de quelques chefs-d'œuvre, bien qu'ils fussent dans mon palais, sous mes yeux, dans mon ménage, je m'en trouvais comme blessé, je me croyais volé, ils ri étaient pas au Muséum ! » Dix fois il revient sur cette idée, ne se trouvant à lui-même qu'une excuse, le goût de Joséphine pour les arts ; mais cette excuse, il s'y plaît et la développe. Pouvait-il résister à une telle passion, si noble,

si généreuse et qui devait naturellement produire de la part de celle qui l'éprouvait de tels effets au profit des artistes de son temps?

Sincèrement il le pense et nul n'en est convaincu comme lui. Joséphine le croit peut-être aussi. Certes,) elle aime recevoir des tableaux, parce que cela est curieux, précieux et rare, et qu'il est de mode d'en posséder, mais qui peut soutenir qu'elle ait pris là un plaisir et qu'elle ait ressenti une jouissance d'art? Beaucoup de ces tableaux ne sont admirables que par convention et, si certains lui plaisent, d'autres doivent lui sembler détestables, honteux, indignes de toute lumière. Et ils sont placés en aussi beau jour, nommés, prisés et proposés aux mêmes exclamations. C'est un indice déjà, et terrible. Mais il en est un plus décisif encore : pour elle, comme pour tous les prétendus amateurs, c'est sottise de chercher son goût personnel aux tableaux anciens qu'on lui donne ou même qu'elle achète sur étiquette parce qu'il convient que tel ou tel nom figure au catalogue de sa galerie ; où elle le montre, c'est aux tableaux modernes, aux tableaux contemporains, à ceux que vraiment elle désire, qu'elle choisit et qu'elle paye. Se laisse-t-elle influencer en quelques achats par Mme Campan ou par Mme Rémusaf? On le dirait, mais, en réalité, c'est qu'elles trois voient de la même façon et ont les mêmes goûts ; c'est ici l'étiage des femmes d'esprit et des mondaines. Convient-il de s'étonner et faut-il penser que, parce que l'on ignore à présent, aussi bien que leurs œuvres, les noms des peintres de genre

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