‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 88 sur 104 · LES TABLEAUX MODERNES · texte numérisé non relu

LES TABLEAUX MODERNES

•qui avaient la vogue au début du siècle, ils devaient passer pour méprisables? Si l'on ignore qui est Richard Fleury « que les connaisseurs, dit Mme Remuant, mettent à côté de Gérard Dow », et qui Duperreux, dont les paysages historiques valent au moins les intérieurs historiés de Richard Fleury, est-ce une raison pour qu'ils n'aient point exercé une influence et que ces ignorés n'aient point eu leurs admirateurs ? De Richard Fleury, Joséphine possède à la fin sept tableaux, qu'elle a choisis à chaque Salon et qu'elle a payés 3 000 francs la pièce. Elle a eu Yalentine de Milan pleurant la mort de son époux assassin^; Charles VII faisant ses adieux à Agnès Sorel ; François Ier et la Reine de Navarre ; Jacques Molay marchant au supplice ; la Reine Blanche éloignant saint Louis de sa femme; Bayard consacrant ses armes à la Vierge et Henri IV chez la Belle Gabrielle. -Les Duperreux sont d'un genre analogue, mais au lieu de se produire dans des intérieurs, les scènes se passent dans des paysages : c'est Henri IV revenant à Pau et faisant hommage à Catherine dAlbret des drapeaux qu'il a conquis à Coutras ; François Ier traversant la Bidassoa, et Bayard faisant sa prière devant le tombeau de Roland. Le trésor impérial paye 700 francs ses tableaux (la Vue des Eaux-Bonnes par exemple, achetée en l'an XIII), Joséphine les achète, elle, 4 000 francs, marque d'estime de sa part ou preuve de l'honnêteté des intermédiaires?

Au même prix et de même ordre il est entré, en 1806, un tableau de M'le Henriette Lorimier, Jeanne

de Navarre menant son fils au tombeau de Jean V, duc de Bretagne, son époux, « scène sentimentale où l'on voit briller à la fois, dit un critique autorisé, l'expression de l'amour conjugal et maternel, les prémices de la piété filiale, une douce mélancolie et une ingénuité touchante » ; au môme prix, la même année, un tableau de Bergeret, Hommage rendu à Raphaël après sa mort ; puis à 1 800 francs un Lecomte : Chevaliers se rendant à la Terre Sainte ; à 1 500 francs, un Rœhn : Griselidis recevant les hommages de son seigneur ; à 1 200 francs, un Yermay : Marie Stuart recevant son arrêt de mort, et il y a encore les tableaux de Laurent qu'on paye 1 000 francs ; les tableaux de Van Brée, peintre en titre de S. M. l'Impératrice, l'auteur de la Reine Blanche allaitant son fils ; les tableaux de M. de Forbin et de M. de Turpin, qu'on paye en autre monnaie, mais bien plus chèrement comme de juste, et qui sont bien autrement admirés que ceux des professionnels. Or, tous ces tableaux, paysages ou scènes d'intérieur, sont du pur style troubadour. On ne saurait les proposer comme des chefs-d'œuvre, bien qu'en fait ils soient peints fort soigneusement, que le dessin y soit très supérieur à ce que l'on admire communément et qu'on y sente un effort sincère de recherche et môme de documentation historique. Il y a des naïvetés ; l'on se croit à présent mieux instruit et surtout on le dit : mais, tels qu'ils sont, ces tableaux attestent un des mouvements les plus vifs, les plus durables et les plus féconds en conséquences littéraires et. artistiques

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