MAYENCE
regarde à peine, dans ce délicieux Biberich, les serres du prince de Nassau ; entraînée par sa fille et sa nièce, elle revient un soir dîner, mais elle s'ennuie du bal, du château illuminé, même du jardin dévalant jusqu'au Rhin, pailleté de lampions et rougi de feux de bengale. A Francfort, où elle va rendre la visite du Prince primat, elle reçoit d'un air agréable les hommages qu'on lui rend ; elle fait ses compliments des beaux dîners, des opéras de Titus et du Sacrifice interrompu; elle loue comme il convient la tenue de la garde bourgeoise ; elle sourit aux vivats, elle s'incline à l'enthousiasme ; elle n'oublie personne en ses présents ; elle a une façon à elle d'offrir au maréchal de la cour une tabatière de 7 200 francs, où brillent, en diamants, les lettres J. N. ; elle a marqué des tabatières pour les deux chambellans, pour le colonel des gardes, pour le contrôleur, des joncs à sept brillants pour le fourrier de la chambre; le conseiller d'économie et le décorateur des tables, elle a désigné des montres pour le colonel de la garde à cheval, les valets de chambre et l'inspecteur des postes : elle n'a eu garde d'omettre Mgr l'évêque pour une opale entourée de brillants, surtout M'le de la Leyen, la nièce du Prince primat, et comme si, dès lors, elle avait résolu le mariage qu'elle lui fera faire trois ans plus tard, elle lui a dédié une montre avec médaillon en brillants de 3 000 francs ; mais, ni les acclamations des Francfortois, ni les promenades, ni les beaux spectacles, ni, au retour à Mayence, les jolis concerts que lui donnent ses deux cantatrices et le célèbre
violoniste Boucher, rien n'éteint ses inquiétudes, rien n'atténue ses tristesses, rien ne diminue le désir maladif qui la dévore d'être appelée par l'Empereur, de le rejoindre, de le tenir, de s'assurer ainsi qu'il n'échappera point.
Par chaque courrier, elle le sollicite ; par chaque courrier il remet le voyage ; d'abord, il a sans doute envie qu'elle vienne et il le montre, mais, bien qu'il soit sincère, il ne se détermine point et, durant près de deux mois, il la tient constamment suspendue : qu'on regarde ses écritures : le 2 novembre : « Il ne me manque plus que le plaisir de te voir, mais j'espère que cela ne tardera pas ; » le 16 novembre : « Si le voyage n'était pas si long-, tu pourrais venir jusqu'ici... j'attendrai ce que tu en penses ; » le 22 novembre : « Je me déciderai dans quelques jours à t'appeler ici ou à te renvoyer à Paris ; » le 26 novembre : « Je verrai dans deux jours si tu dois venir. Tu peux te tenir prèle ; » le 27 novembre : « Je serai ce soir à. Posen. Après quoi je t'appellerai à Berlin afin que tu y arrives le même jour que moi ; » le 3 décembre : « J'espère sous peu de jours t'appeler, mais il faut que les événements le veuillent; » et la même chose le 10, le 12, le 15, le 20 décembre : « J'espère dans cinq ou six jours pouvoir te mander. »
Alors, les journaux qui pourtant s'occupent si peu de Joséphine et sont si discrets sur la vie qu'elle mène, annoncent naturellement à chaque poste le départ pour Berlin. Cinq fois ils insèrent la nouvelle