‹ Joséphine, impératrice et reine, 1804-1809Chapitre 99 sur 104 · MAYENCE · texte numérisé non relu

MAYENCE

et la démentent autant de fois. L'Impératrice, d'ailleurs ne renonce pas ; elle insiste ; elle se cramponne à son idée; à défaut de Berlin, elle ira s'installer à Fulde; au moins, ne veut-elle point quitter Mayence. Elle y est mal, tout le monde se plaint autour d'elle ; ce ne sont que mines renfrognées, soupirs qu'on ne se donne pas même la peine de dissimuler en bâillements. Exaspérée de Mayence, Mmo de la Rochefoucauld s'insurge en paroles contre l'Impératrice. l'Empereur et surtout la France. Gela revient à Napoléon. « MmcL..., écrit il, est une sotte si bête que tu devrais la connaître et ne lui prêter aucune attention. » Joséphine fait semblant de ne pas entendre. Il y revient par le courrier suivant : « La personne dont je t'ai voulu parler est Mme L... dont tout le monde dit bien du mal. On m'assure qu'elle était plus Prussienne que Française, je ne le crois pas, mais je Ja crois une sotte qui ne dit que des bêtises. » Et sur le même thème : « Je hausse les épaules de la bêtise de Mmo L... Tu devrais cependant te lâcher et lui conseiller de ne pas être si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens. Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le plus vilain défaut îu cœur. Je sais qu'au lieu de te consoler, ils t'ont fait de la peine. » A la fin, comme cela devient insupportable, il écrit : « Renvoie ces dames qui ont leurs affaires. Tu gagneras d'être débarrassée de gens qui ont dû bien te fatiguer. »

Cela montre assez l'état de cette cour et l'anarchie qui y règne, à quel point Joséphine sait peu imposer

le respect et se défendre même contre ses entours.

11 est vrai qu'elle a pour principale ennemie sa dame d'honneur, celle qui devrait la soutenir davantage et que l'excellent Ordener est l'homme le moins propre du monde aux fonctions que Napoléon lui a imposées. Elle se débat dans l'oisivelé, mauvaise conseillère ; elle ne trouve nulle part l'avis utile, le conseil nécessaire, l'avis désintéressé qui relèverait sa faiblesse, l'empêcherait de faillir et sauvegarderait sa dignité.

Elle reste donc et s'éternise à Mayence, attendant toujours le signe qu'elle espère depuis deux mois. Mais Napoléon, arrivé et installé à Varsovie, n'éprouve plus du tout le besoin qu'elle le rejoigne : le 3 janvier, il lui écrit : « Je serais d'avis que tu retournasses à Paris où tu es nécessaire ; » le 7, bien plus nettement : « Rentre à Paris pour y passer l'hiver. Va aux Tuileries et fais la même vie que lu as l'habitude de mener quand j'y suis. C'est là ma volonté; » le lendemain : « Je t'avais priée de rentrer à Paris... Paris te réclame. Vas-y. C'est mon désir. » Et il réitère l'ordre ou le désir, le 11, le 16, le 18, plus souvent sans doute. C'est seulement sur cette lettre du 18 qu'elle se décide : « Si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère. Je n'aime pas les lâches. Une Impératrice doit avoir du cœur. » Il faut donc partir : sans doute, l'Empereur sait que Paris, après la vache grasse de 1804, ne voit point sans ennui la vache maigre de 1806, succéder à la vache coriace de 1805 ; deux hivers à la suite sans

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