L'EMPIRE U
mystère, Surtout enveloppées dans le posé-scripUitn : « Je n'ai pas oublié vos cinquante Jouis ; tous les aurez après-demain. »
Que Joséphine ait ou non des intrigues', ce qui importe, c'est que Bonaparte n'en a rien su, c'est que personne n en a parié, c'est que les salons d'opposition, reformés dès les émigrés rentrés, n'en ont rien surpris. Et, comme elle se trouvait là, qu'on n'avait contre elle aucun grief nouveau, que, malgré les velléités de divorce que pouvait éprouver le Consul, elle n'en jouissait pas inoins de l'état public d'épouse légitime, qu'elle était associée à sa vie, et que, en France où les traditions monarchiques subsistaient pleinement, il paraissait impossible de séparer l'existence publique du premier magistrat de son existence privée, Joséphine suit pas à pas l'ascension graduelle qui porte Napoléon aux sommets; elle se trouve entraînée par sa fortune, et sans qu'il y pense, peut-être qu'il le veuille d'abord., elle reçoit et prend une place dans l'Etat Puisqu'il y a une M me Bonaparte, il faut bien qu'elle paraisse et qu'on lui adresse des hommages; comme elle fait au mieux dans un salon et qu'elle attire aux Tuileries ceux-là que Bonaparte tient le plus à conquérir, loin de se repentir de l'avoir mise en vue, il fait d'elle un des ressorts de sa politique, et, comme l'opposition contre elle lui semble une forme d'opposition contre luimême, il se porte à accentuer davantage les honneurs qu'il exige pour elle et qui, d'abord spontanés et de simple galanterie, — comme au voyage de Lyon et à
celui de Rouen, — deviennent commandés et se règlent par l'étiquette, comme au voyage de Belgique. L'épouse du Premier Consul a des dames du Palais ; l'épouse du Premier Consul a des préfets du Palais ; l'épouse du Premier Consul tient cercle ; on lui présente les ambassadeurs et les personnages d'importance. De fait, degré par degré, elle a monté les marches du trône, .et elle n'a plus qu'à s'y asseoir.
Cela fut plus compliqué qu'on n'eût pensé et peu s'en fallut qu'au moment même où l'Empire allait s'accomplir, la fortune de Joséphine ne s'écroulât brusquement. Et ce ne fut pas devant les propositions déguisées que, sous une forme ou l'autre, faisaient arriver jusqu'à Napoléon les souverains les plus puissants ; non plus, devant les discours des tribuns, ou les insinuations des frères ; mais, sur un caprice pour une femme de la Cour, caprice savamment exploité par M me Murât. Joséphine, avec ses humeurs jalouses, est sotte, fait des scènes. Napoléon s'emporte, va jusqu'à signifier le divorce à Eugène et à en préparer les voies. Cela encore tourne court. D'abord, comme il le dit à sa femme, il n'a pas le courage d'en prendre la dernière résolution : « Si tu ne fais que m'obéir, je sens que je ne serai jamais assez fort pour m 'obliger à te quitter ; » puis , le caprice qu'il a eu est passé ; enfin, il a regardé dans le jeu de sa sœur et de ses frères; il sent une machination, et, pour la déjouer, brusquement, il décide que Joséphine sera couronnée et sacrée.
Par surcroît, de ce divorce manqué, outre la cou-