‹ Joséphine répudiéeChapitre 9 sur 165 · LE CONSULAT · texte numérisé non relu

LE CONSULAT

héritiers. Maréchal ou connétable, duc et pair, il n'en a pas besoin. Et puis le Roi que Joséphine aura contribué à restaurer, lui devra bien, en échange, des égards et un appui et elle se trouvera établie dans tous les honneurs anciens que rêve son imagination. Ayant échoué là, elle se retourne vers ses anciens amis de la Convention, et, pour combattre l'hérédité, elle forge des armes et suscite des cabales. Le mieux, sans doute, serait qu'elle eût un enfant et, pour cela, elle consulte des médecins, suit des traitements et prend des eaux; mais les magiciens ne font pas de miracles. Alors, elle affirme que ce n'est point sa faute, elle invoque les deux enfants Beauharnais; elle s'évertue à accroître, chez Bonaparte, les doutes que, vraisemblablement, elle-même a suggérés. Et pourtant l'âge qu'elle a pris ne se note pas seulement à ses traits : elle est presque une vieille femme; à peine est-elle une femme ; mais elle sait si bien manœuvrer que s'il ne la croit pas entièrement, ses inquiétudes s'accentuent. Ainsi cette hérédité qu'elle ne peut procurer, dont elle ne saurait indéfiniment retarder la proclamation, la détourne-t-elle sur Louis : elle y sacrifie sa fille, sans une hésitation, ni un scrupule.

Les tempêtes que sa jalousie soulève, les querelles qu'elle cherche h propos des distractions de Bonaparte avec des passantes sur qui son orgueil ne devrait pas s'arrêter, mais qui lui fournissent des armes, la perpétuelle inquiétude où elle se trouve à chaque instant sur « sa position », ont-elles au moins cet effet de la préserver elle-même des tentations anciennes?

tî JOSÉPHINE RÉPUDIÉE

On voudrait le croire. Àcoupsftr, plus de scandales, rien des affichages des temps d'Italie et d'Egypte, mais, point d'intrigue? c'est moins certain. Qu'est-ce cette lettre, écrite à sa plus intime confidente, cette M mo de Krény 4 qu'elle charge à toute occasion de ses secrets de ménage? « Bonaparte a décidé à sept heures du soir qu'il irait coucher à Malmaison, ce qui a été exécuté à l'instant même. Me toîcî, ma chère petite, confinée i la campagne jusqu'à je ne sais quel temps. J en suis triste à en mourir. Malmaison qui avait tant d'attraits pour moi, n'est à mes yeux, cette année, qu'un endroit désert et ennuyeux. Je suis partie hier si précipitamment que je n'ai pas eu le temps de rien faire dire au jardinier qui m'avait promis des fleurs. Comme je veux absolument lui écrire, faitesmoi dire ce qu'il faut que je lui mande. J'ignore ce dont vous Mes convenue avec lui; je désire pourtant lui témoigner mon chagrin, attendu, ma chère petite, qu'il est hien réel. » Voilà un jardinier qu'on traite avec bien des égards et ces fleurs-là embaument le

1 Je n'ai pu encore formellement retrouver cette M** de Krény, à qui, le 1*6 pluviôse an X. Bonaparte fait donner 49090 francs «nr l'Enregistrement à titre d'indemnité et sur les fonds provenant d£<i biens de sa famille qui sont encore aux mains de la nation. C'est certainement la personne le plus avant, soi» le Consulat, dans l'intimité de Joséphine. Elle était la maîtresse de De non qu'elle avait ■ amené rue Chantereine, et qui, par elle, obtint de suivre le général en Egypte. Elle se trouvait à Plombières en Tarn VI avec Joaépàiae. Était-elle née Cacqueray? Était-elle alliée aux Crény, émigrés, reçus chevaliers de Saint-Louis en 1795 et en tSIO ? Certains écrivent son nom Crény, d'autres Crigny ; Bonaparte et Joséphine écrivent Krény et c'est ainsi qu'elle signe. Nul doute qu'elle ne fût à ce moment aussi influente dans les bureaux de ministère qa assidue au rez-de-chaussée des Tuileries, mais, à partir de 1803, elle disparaît brusquement et je ne trouve plus son nom nuïle part.

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