LE MARIAGE RELIGIEUX
ronne, outre le sacre, Joséphine lire le mariage religieux. Le Pape arrivé à Fontainebleau, elle lui raconte, lui avoue, peut-être, par plus d'habileté, lui confesse, qu'elle n'a point reçu la bénédiction nuptiale. Que peut faire ce prélre, ce bénédictin, ce canoniste? En quelle position se trouve-t-il, lui qui a adressé des brefs particuliers d'éloges à sa % chère fille en Jésus-Christ; Victoire Bonaparte, qui a reçu ses lettre3, accepté ses présents, sollicité sa bienveillance et qui apprend soudain que cette chère fille vit en concubinage, en état constant de péché mortel? Peut-il transiger avec les règles les plus strictes de l'Eglise, avec la discipline dont il a la garde ? peut-il remettre à cette femme, au nom du Dieu dont il est le vicaire, l'anneau et la couronne, la communier de sa main, et, selon les rites, imposer sur elle la triple onction? Il faut, d'abord, qu'elle soit mariée, qu'elle ait réhabilité son union criminelle. La France entière est prête et assemblée ; l'église est décorée ; l'Europe est attentive au moindre faux pas. Déjà, on a' éprouvé assez de retards ruineux du fait du Sacré-Collège et du Pape. A présent, ce ne seraient plus des retards, mais un écroulement et, dans l'universelle risée, le Pape reparlant pour Rome. Il faut que Napoléon se marie ou qu'il renonce à être sacré et couronné. C'est le dilemme où sa femme l'enferme. Jamais contrainte plus efficace et plus certaine. Il cède, mais, du moins, le mariage sera secret; il sera célébré par le Grand aumônier en quelque chambre écartée ; nul n'y assistera. Le Pape se
contente ainsi, n'entre pas dans les détails. Fesch^ s'il lai a demandé tous les pouvoirs dont il pourrait avoir besoin, n'a rien spécifié expressément. La matière étant délicate Pie VU n'a point insisté, s'en est rapporté pour les formes au Grand aumônier de .France, cardinal de Lyon, primat des Gaules. Seulement, les pouvoirs qu'il a donnés au célébrant» n'ont point et ne peuvent avoir d'effet envers l'Empereur, moralement et, peut-on dire, physiquement contraint.
Napoléon, pourtant, parait prendre son parti du mariage forcé. Les résistances que ses frères opposent à sa politique, les ambitions qu'ils révèlent, la hâte qu'ils portent à s'établir dans la succession impériale l'ont i la fin lassé. Il est brouillé avec Lucien et Jérôme, presque avec Joseph et Louis. Restaurateur de l'Empire carolingien, dépendra-t-îl donc de ceux qu'il traîne à sa suite, dont la fortune n'est faite que des éclaboussures de sa gloire ? Il se retourne vers les Beauharnais; ce sont eux qui le fourniront d'héritiers, c'est chez eux qu'il trouvera des successeurs à sa guise. Cela ne se fait pas sans une résistance acharnée des Bonaparte. Ils suscitent Jérôme ; ils prétendent relever Lucien ; ils réclament, ils calculent, ils invoquent leurs droits, et ne sont pas sans produire quelque effet. Mais s'ils obtiennent des trônes, ce n'est que moyennant une sorte de renonciation tacite à la succession même de l'Empire. Au système familial qui, jusque-là, a semblé dominer la politique, Napoléon substitue,, au moins adjoint, un autre sys-