‹ Joséphine répudiéeChapitre 100 sur 165 · SÉJOUR A MILAN · texte numérisé non relu

SÉJOUR A MILAN

calèche; à minuit, elle souffre beaucoup plus et, à quatre heures, elle est délivrée d'une fille, « une petite chatte », copime dit Eugène, qu'on nommera, selon les instructions reçues de Russie, Amélie, du nom de sa marraine la reine de Saxe, et Auguste, du nom de sa mère ; si c'avait été un garçon, « le tout petit chou à venir », l'Empereur avait promis de le nommer.

Joséphine n'en peut plus ; elle s'est couchée à cinq heures du matin, elle se trouve souffrante, elle a dû prendre de Pé me tique ; surtout elle s'ennuie, elle voudrait bien s'en aller. Sa bru « est charmante; loin d'être fatiguée de ses couches, elle n'en paraît que plus belle et plus fraîche; elle aime tendrement Eugène. C'est une grande jouissance pour Joséphine. Les enfants sont superbes, l'aîné surtout est remarquable »; tout cela est bon; mais, d'abord, Auguste est dans son lit ; puis, Milan est encore plus fastidieux que par le passé ; enfin, là, il y a une cour, une étiquette, une vie princière dont on ne se départit pas et qui déplaît singulièrement aux jeunes personnes de la suite. Dès le 4 août, après six jours, Joséphine aspire à Aix-les-Bains.,A grand'peine prolonge-t-elle un mois, et parce que Madame et Fesch qu'elle ne désire pas rencontrer prennent les eaux. Au départ, ce sont des présents impériaux pour quiconque Ta approchée. Ainsi, au poète Monti qui ne Ta point chantée, qui n'est point de la Cour et qui seulement lui a été présenté, elle envoie, par son chambellan et son secrétaire, une étoile de la Couronne de fer en

brillants. « Hais, dit Monti en faisant part de bonne fortune à tous ses correspondants, le présent le plus précieux, c'a été ses courtoises paroles. » Il n'en croit pas un mot.

A Aix, Joséphine retrouve la reine d'Espagne « bonne et aimable à' son ordinaire » et la princesse de Suède qui, par extraordinaire, «r a été fort bien ». Elle se plaît, elle s'amuse, elle se promène, elle prend les eaux, elle voit des baigneurs, un peu tout ce qui passe ; elle vient à Prégny, où elle arrive le 30 septembre. La maison est à peine meublée, elle est incommode, c'est « une baraque », il n'importe. Elle ouvre son salon, elle reçoit quiconque se présente, elle va partout où on Tin vite. Chez elle, ce elle a banni l'étiquette ; Ton s'assied devant elle et l'autre jour, l'on jouait à colin-maillard et à la main chaude ». Le 4 octobre, elle, a un très beau déjeuner ches le préfet Gapelle, avec quantité de gens de Genève, Après c'est un bal à Monrepos, chez le chevalier Saladin, ci devant colonel de cavalerie au service des Bourbons. Elle arrive en robe de crêpe rose brodé d'argent avec des falbalas de dentelles ; elle a « sur sa large poitrine, un superbe collier de grosses perles fines valant quelques cent mille francs. Elle est coiffée à la chinoise avec de gros galons d'argent mêlés dans les cheveux réunis sur l'occiput, et un double galon sur le front et sur le cou qui reluit de tout loin. Elle est d'une urbanité et d'une prévenance charmante, point du tout gênante ». Après un tour de salon, où elle dit des politesses à toutes les

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fe<nmes, elle s'assied au jeu et elle ne lève table qu'à onze heures et demie.

On s'empresse à la venir voir, bien moins par respect que par curiosité , mais, plus les visites sont nombreuses, plus elle est contente. On lui dit les noms : ils ne lui rappellent rien, quoique cert-iins soient d'anciennes connaissances du salon de M M Tal-lien, « mais elle en a tant vu, la bonne femme ! » On vient donc. « On la trouve le matin, en négligé, travaillant. » Tout de suite* elle invite à dtner. * Ce dîner est à six heures et demie ; à sept heures et demie, on rentre au salon, on cause une heure, après quoi elle se met au whist; on joue pour rire; il y a d'autres parties ; le reste de la société fait des jeux enfantins et même des jeux de main, des gages touchés, la bague, etc.. A dix heures et demie, elle souhaite le bonsoir à là compagnie et se retire. Il n'y a dans ces rassemblements, ni gêne ni raideur, dit ce Genevois ; on est seulement astreint à donner beaucoup de soin à sa toilette ; on cherche à plaire et à avoir bon ton ; c'est en un mot la bonne société. »

Comme on sait qu'elle va où on l'invite, on multiplie les bals; en voici cinq, six, encore un chez les Chateauvieux, un chez les Du Pan de Morillon. Les Genevois la trouvent à leur goût quoiqu'un peu familière. Avec eux pourtant, elle n entre pas en confidences, mais, avec d'autres, elle ne peut se garder d'elle-même. Il lui prend à des moments une sorte de folie de raconter de vilaines histoires que, sur sa parole, enregistrent des gens graves. Elle dit au

préfet que a l'Empereur a été l'amant d'Hortense, qu'il a voulu se substituer à Jérôme pour recevoir 8a fiancée, qu'à cet effet il a arrangé les choses de façon que la princesse de Wurtemberg se trouvât seule avec lui;, qu'un itinéraire mensonger a été communiqué à Jérôme, mais que celui-ci, soupçon* nant la fraude, est parti à temps et a joint sa fiancée qu'il n'a plus quittée », Gela est absurde, mais n'est-ce point une raison pour qu'elle le dise? L'amour l'obsède ; ainsi est-il de bien des femmes galantes quand l'amour leur échappe ; elles le voient partout, ne parlent que de lui. Tout leur est prétexte à conjectures et à suppositions* qu'elles donnent comme ' des certitudes, jusqu'au moment où elles nient énergiquement ce que, la veille, elles affirmaient avec une pareille autorité. C'est, chez Joséphine, une sorte de périodique délire; elle n'écrit point ces choses; elle les dit; mais ces paroles, comme de rêve, qu'elle oublie sitôt prononcées, on les recueille, on les enregistre, elles font autorité et elles passent dans l'histoire. Si Ton remonte à la source des pires calomnies contre les mœurs de l'Empereur, c'est Joséphine qu'on rencontre.

Si agréables que soient ces journées autour de. Genève, si variée que soit cette vie où Ton se souvient assez que Joséphine a été impératrice pour lui faire fête et tirer vanité de sa présence, où elle-même ne parait se le rappeler que pour donner plus, d'agrément à la liberté qu'elle autorise et un piquant nouveau aux jeux qu'elle encourage, l'automne s'avance. Le 21 oo

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tobre, il faut quitter Prégny. « L'Impératrice part, écrit un des Genevois qu'elle a le mieux reçus, et, quoiqu'elle se soit fait aimer, on en est généralement bien aise ; le genre de vie qu on a mené depuis qu'elle est ici ne convient pas à nos habitudes. *

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