‹ Joséphine répudiéeChapitre 101 sur 165 · LA CHUTE DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

LA CHUTE DE L'EMPIRE

Octobre 1812-Man 1*14.

Le 25 octobre, Joséphine rentre à Malmaison. C'est le lendemain de l'affaire Malet. « J'ai appris en arrivant à la porte de Melun, écrit-elle à son fils { le trouble que Paris avait éprouvé la veihe ; j'en ai été d'autant glus frappée que rien ne m'y préparait, car, partout, sur ma route, j'avais trouvé la plus grande tranquillité. L'audace ou plutôt la folie des trois monstres, auteurs de ce trouble, est vraiment incroyable. Ce qui console, c'est que Paris n'y a pris aucune part. La consternation était générale, mais elle n'a pas duré longtemps ; au bout de quelques heures, tout était calme comme auparavant. S'il y avait eu le moindre danger pour le roi de Rome et l'Impératrice, je ne sais pas si j'aurais bien fait, mais, très certainement, j'aurais suivi mon premier mouvement : j'aurais été, avec ma fille, me réunir à eux. »

Elle cherche à se rassurer ; elle veut que tout soit fini parce que Malet, Lahorie et Guidai sont en prison,

mais* elle en sait trop sur les conspirations pour ne pas craindre que celle-ci ait des ramifications à la Grande armée : « Veille bien sur la sûreté de l'Empereur, dit-elle à son fils ; car les scélérats sont capables de tout. Dis-lui de ma part qu'il a tort daller habiter des palais sans savoir s'ils ne sont pas minés, j» Elle sent à ce coup comme tout de l'Empire, tout d'elle et de son avenir, dépend de cette unique vie, et, cette fois, elle est prise de peur, se demandant si tout ne va pas s'écrouler et lui manquer à la fois.

L'affaire Malet a eu pour résultat de révéler au public entier ce qui, depuis le Consulat, était Tunique préoccupation des hommes d'Etat : l'instabilité d'un régime ayant pour seul fondement la gloire et le génie de Napoléon : tous les efforts faits depuis douze ans pour le stabiliser ; les luttes autour de l'hérédité, le Consulat à vie, la désignation du successeur, l'Empire héréditaire, le divorce et le second mariage, la naissance du roi de Rome aboutissaient à cette constatation que, l'Empereur mort, il n'y avait plus d'Empire. Plus le travail avait été acharné pour élever ces institutions destinées à assurer l'avenir, plus la stupeur fut grande après le réveil, en reconnaissant que nul, même des serviteurs les plus dévoués, n'y avait cherché un refuge, que de nulle bouche n'était sorti le cri dynastique : l'Empereur est mort ! Vive l'Empereur !

La nouvelle était fausse; — sans doute ; — mais si elle avait été vraie, si elle devenait vraie ! En admettant que Malet n'ait eu aucune accointance avec les hommes dont il a formé son gouvernement provisoire,

L'AFFAIRE MALET tS5

m avec les militaires : More au, Carnot, Augereau et Truguet, ni avec les sénateurs : Destutt de Tracy, Lambjrecht, Yolney et Garât, ni avec les ci-devant jacobins : FIorent-Guyot el Jacquemont, ni avec les catholiques : Mathieu de Montmorency et Alexis de Noailles, l'idée qu'il a lancée doit faire son chemin, celle d'une fusion de tous les partis d'opposition : idéologues et cléricaux, régicides et royalistes, en vue, non pas d'une action immédiate, mais d'une entente pour un cas fortuit. Sans doute, dès Tan XII, l'alliance de Moreau et de Georges, des soldats de l'armée du Rhin et des Chouans de Bretagne, avait tracé la voie, mais, alors, c'était l'élément royaliste qui eût dominé et les Bourbons seuls eussent profité de la disparition du

Consul. A présent, les royalistes proprement dits sont exclus et remplacés par les catholiques et à ceux-ci sont associés les représentants de toutes les factions hostiles à l'Empire qui peuvent exercer une influence sur la nation.

L'étonnant, c'est que Malet n'ait pensé ni à Fbuché ni à Talleyrand. Le coup qu'il a imaginé n'est autre que celui qu'ils avaient combiné dès 1808. Seulement ils eussent marché sur un fait vrai et lui a marché sur une hypothèse vraisemblable. Il y a là un avertissement. Fouché se trouve momentanément hors du jeu; mais Talleyrand, pour ne pas se laisser devancer par les événements ou par les concurrents, ne va pas tarder à reprendre son travail où il l'a laissé et, fort des appuis qu'il s'est ménagés à l'étranger, constamment assuré de l'appui de la Russie et de l'Autriche avec qui

ÎS* JOSÉPHINE ftÉPUJDIÉE

l'on surprend ses rapports intimes, il groupera autour de sa table de whist un certain nombre «Tbommes qui, à l'occasion» pourront, à son profit, former on ministère, un conseil de régence, voire an gouvernement d'attente à l'abri duquel il traitera avec le plus fort au mieux de ses intérêts. Ges hommes, il les choisit de manière que, par eux, il soit tenu au courant des moindres nouvelles, de ce qu'on pen.«e et de ce qu on dit chez Marie-Louise, chez le roi Joseph, dans les ministères, des Relations, extérieures de France et d'Italie, chez Joséphine même ; car, par Eugène, elle peut avoir des renseignements.

Pour être constamment averti de ce qui se dira à Malmaison, il a sous la main i'agente la plus dévouée et la mieux placée. Confidente de Joséphine depuis le Consulat, assez avant dans l'intimité de sa pensée pour que rien ne lui échappe des choses même qu'on prétend dissimuler à tous, liée avec Hortense de façon qu'elle soit admise à la plupart de ses secrets et qu'elle devine les autres, toute livrée en apparence aux Beauharnais contre les Bonaparte, ne voyant en réalité que comme Talleyrand veut qu'elle voie, elle joue, dans cette conspiration où le prince de Bé névent a groupé toutes les femmes auxquelles il a inspiré des passions, de la tendresse ou de l'amitié, un des rôles les plus utiles, si elle ne Ta pas aussi éclatant que M me de Brignole, la princesse de Vaudemont, la duchesse de Gourlande, M m0 de Laval, la comtesse Tyszkiewicz, M mo de Carignan, M me de Coigny, M me de Jaucourt ou la duchesse de Lu y nés ; elle sert de trait

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