LA CONSPIRATION A MALMAISON
d'union, sur ce terrain protégé qu'est Mal maison, entre Talleyrand et les gens qu'il ne saurait voir chez lui sans se compromettre et qui, fonctionnaires ou généraux, sont naturellement engagés à fréquenter chez l'Impératrice.
On est là en pleine sécurité, car, si la Maison entière ne conspire pas encore, plusieurs ne dissimulent pas leur opposition et tous prennent leurs précautions. Cette maison ayant été recrutée uniquement de ci-devant nobles et d'émigrés qui ne se trouvent pas même rattachés à l'Empire par l'éclat de litres nouveaux ou par l'agréement de fortes dotations, il est tout juste que l'opinion générale y soit royaliste et que, dès les premiers jours où Ton peut présager la chute de l'Empire, il s'échange là des idées, sinon des projets en faveur des Bourbons.
Si, parmi les personnages nouveaux qui se sont introduits depuis une année, il s'en rencontre quel* qu'un qui soit tenté de fidélité et de dévouement envers l'Empire, ce n'est pas des Françaises, mais une Polonaise : la princesse Cunégonde Gedrojç, récemment nommée dame du palais, qui, avec ses dix-neuf ans et sa rare beauté, est aussi enthousiaste de Napoléon que son père Romuald-Thadée, l'organisateur de l'armée lithuanienne, que son frère Joseph, l'héroïque chevau-léger de la Garde* C'est elle, par fortune, qui défend la France contre les Françaises : M 114 de Gaumont que Joséphine a recueillie à cause de son grand talent de musicienne et M 1Ie Amènca Gaze, dont la mère est de Saint-Domingue, peut-être
un peu parente des Tascher, ruinée comme de juste. La sœur de cette M u * Gaze est demoiselle de compagnie chez là princesse de Yaudemont et, par là, s'établit encore une correspondance qui a peut-être sur les événements une influence considérable*
De tout cela» Joséphine ne voit rien. À présent elle n'a plus à attendre du Roi les grandes récompenses qu'elle espérait de lui eh 1800. Trop haut montée, sa fortune ne peut plus être séparée de celle de Napoléon et si, par moments, elle s'imagine encore que les Bourbons lui tiendraient compte des services qu'elle a rendus à leurs partisans et de ceux qu'elle eût voulu leur rendre à eux-mêmes, elle ne peut se dissimuler que leur retour entraînerait sa déchéance et que « sa position » serait en péril.
Les dangers que court son fils augmentent ses inquiétudes. Point de nouvelles, ni d'Eugène ni de l'Empereur, ni de l'armée. Pour calmer sa tète, elle a besoin de penser que l'Empereur défend d'écrire : « La preuve dit-elle, c'est que personne ne reçoit de lettres ; » mais, dans de telles conditions elle se rapproche de ceux qui pensent comme elle; elle va voir sa fille, elle passe des soirées près d'elle; elle échange constamment avec elle des lettres et des billets. Par elle, elle s'établit dans une sorte de relation avec Marie-Louise; celleci montre à Hortense les lettres qu'elle reçoit. Qu'elle est aimable I « Je lui ai, dit Joséphine, une reconnaissance infinie de l'amitié qu'elle te témoigne. » Enfin, voici des lettres d'Eugène lui-même. Elle les lit avec avidité : « J'ai passé, écrit-elle, de l'inquiétude la plus