LES INQUIÉTUDES DE JOSÉPHINE
vive à un grand bonheur. Enfin, mon fils vit ! » Mais quoi! ce n'est que le 10 novembre, et quels jours encore 1
Pourtant, il faut faire bon visage, et s'efforcer; de paraître calme, car, par tous ces ennemis que Ton nourrit, Ton est guetté. De l'affaire Malet, quelque inquiétude que Ton ait prise et quelques mauvais
bruits qui l'aient suivie, — fuite des princes espagnols, flotte anglaise en vue de Calais, entente de Malet avec des généraux de l'armée de Russie, même, coïncidence avec l'incendie de Moscou, — on se force à dire que ce n'est rien et, au besoin, à en faire des plaisanteries. À Malmaison, après dîner, Pasquier, le préfet de police qui, quelques jours auparavant, a été enlevé- de son hôtel par Lahorie et conduit à la prison de la Force, joue au billard avecBeaumont, le chevalier d'honneur ; Beaumont fait les quarante points sans quitter la queue : « Parbleu! dit Pasquier, voilà un joli tour de force. » Et chacun de rire. « Paris est toujours fort tranquille, écrit Hortense. L'on rit beaucoup, ce qui n'est pas fort gai pour les personnes qui en sont l'objet. » Ce n'est pas plus gai pour l'Empire, car ces personnes, c'est le ministre de la Police et le préfet de Police, c'est le gouvernement même. On les redoutait ; on se moque d'eux; et, en ce temps-là, le ridicule tuait encore ; mais Hortense ne va pas chercher si loin. Elle veut à tout prix se donner confiance et elle en cherche des motifs dans la conspiration même : « L'on voit, écrit-elle, ce que c'est que le nom de l'Empereur puisqu'on s'en servait même pour agir »,
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mais, quoi qu'elle fasse, elle ne se rassure pas, et ellr conclut : « Enfin, le bonheur de l'Empereur nous sauvera de tout, f espère, »
Encore faut-il qu'il revienne et les jours passent. Le 19 décembre, seulement, on apprend que, la veille au soir, il est arrivé aux Tuileries. Si atteint que soit son prestige, on a une telle confiance aux ressources de son génie, on garde une telle crainte de ses colères, on sait si bien comme il traitera les indiscrets, qu'un beau silence s'établit et que les gens avisés reconnaissent à peine qu'ils ont lu le Vingt-neuvième bulletin.
Au milieu des soucis et des travaux qui l'accablent, l'Empereur, par Hortense, a fait porter à Joséphine ses tendres souvenirs. Bien qu'il ne doute pas de sa fortune, il sent comme l'effort va être grand pour la ressaisir, et, songeant que c'est ici la première entreprise depuis le divorce et comme elle a tourné, peutêtre se demande-t-il déjà si Joséphine n'en a point emporté quelque part.
Dès qu'il peut s'échapper, il vient à Malmaison et, comme Joséphine insiste pour voir, non plus Marie- Louise, mais au moins le roi de Rome, il y consent L'a-t-elle obtenu déjà? On en peut douter. L'obtintelle d'autres fois ensuite ? Certainement non *. La ren-
« Nulle date n'est fournie jusqu'ici à cet égard par aucun mémorialiste. Le plus exact, Menue val, n'en donne aucune. Quant à M 11 * Avril Ion, elle dit ou on lui fait dire que le roi de Rome est venu à Malmaison, ce qui est absurde. Elle semble placer l'entrevue au printemps de 1812, ce qui est possible, mais elle a des dates une notion singulièrement vague. En l'absence de renseignement positif. ce qui me fait pencher vers l'hiver de 1812, c'est qu'alors il y avait une sorte d'adoucissement de la part de Marie-Louise ; mau c* n'est là qu'une induction.