‹ Joséphine répudiéeChapitre 109 sur 165 · LE CERCLE DE JOSEPHINE · texte numérisé non relu

LE CERCLE DE JOSEPHINE

l'Impératrice », il se trouve toujours quelque personne bien informée qui en glisse à l'oreille. C'est un terrain neutre, d'autant plus fréquenté qu'on y trouve table ouverte. Ainsi, à des chambellans de Marie-Louise qu'elle ne connaissait pas l'année précédente,* Joséphine fait écrire par M me d'Arberg « qu'elle est chargée d'avoir l'honneur de dire que l'intention de Sa Majesté est qu'ils viennent dîner à Malmaison toutes les fois que leur service le leur permettra ». On a ainsi du monde et du beau monde. Les nouvelles maréchales, — celles de second lit ou de troisième qui sont de noblesse, — comme la duchesse de Reggio et la duchesse de Gastiglione, viennent assidûment faire leur cour, en même temps que d'anciennes connaissances telles que la princesse d'Eckmûhl. On ne se compromet point en paraissant et, si l'on n'en tire pas de grandes lumières, on rapporte au moins quelque indication sur la santé de l'Empereur et sur les campements d'Eugène : c'est toujours mieux qu'ailleurs où Ton ne sait rien et où Ton ne dit rien. D'ailleurs, si la conversa tion languit, on a de bonne musique par les sœurs Delihu et M u ' de Gaumont qu'accompagne Garli qui s'intitule surintendant de la musique ; on a M lle Pieau dont Nadermann a perfectionné par ses conseils le talent de harpiste ; on a Nadermann lui-même, Habeneck, premier violon de l'Impératrice, et tous les artistes et montreurs de curiosités rares de passage à Paris.

Depuis l 9 hiver de 1810, par contre, on n'y a vu aucun des Bonaparte. On comprend qu'à leurs rapides voyages ils n'aient pas paru, mais Joseph est rentré

d'Espagne, Jérôme de Westphalie et si, à Àix, Joséphine a fait assez intime société avec Julie, c'est fini, maintenant qu'elle est à Mortefonlaine ou au Luxembourg» De Meudoo, Catherine ne vient pas davantage bien qu'elle ne recule pas devant des courses autrement longues. La scission entre Beauharnais et Bonaparte est complète et l'on ne peut dire qu'ici les torts viennent de Joséphine et de ses enfants. Non seulement, Joséphine ne semble avoir gardé nulle rancune des anciennes injures, mais lorsque, en novembre, les Rémusat, dînant à Malmaison, annoncent que « Louis a écrit à l'Empereur pour se raccommoder avec lui, en lui disant que, puisqu'il était dans ce moment malheureux, il lui demandait de ne plus le quitter », elle trouve « cela très louable et très bien à lui » ; elle en redoute seulement pour sa fille « de nouveaux tourments », mais c'est du même ton qu'Hortense la rassure, ce J'en suis bien aise, dit-elle; mon mari est bon Français ; il le prouve en rentrant en France au moment où toute l'Europe se déclare contre elle. C'est un honnête homme et, si nos caractères n'ont pu sympathiser, c'est que nous avions des défauts qui ne pouvaient aller ensemble. »

Eugène, en ce moment, donne des marques de fidélité qui contrastent avec la conduite de deux alliés des Bonapartes, Murât et Bernadotte, et qui, à ce titre aussi, sont pour flatter au point le plus sensible l'orgueil maternel de Joséphine. Par suite de circonstances particulières, elle se trouve étroitement mêlée aux décisions de son (ils et c'est là pour elle

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