LE PREMIER COUP DE CLOCHE
ième, Fadoplif. Ayant comme renoncé à procréer des héritiers, il trouve plus exceptionnel, plus surhumain, d'en instituer avec sa plume, et qui procèdent,, hors de toute chair, de sa pensée. Pour cela, la famille de Joséphine — famille au sens le plus large, car les alliés y sont compris — est précieuse. Elle permet, par des alliances, de greffer, en des pays qu'on ne saurait raisonnablement annexer, des boutures napoléoniennes qui transformeront les races souveraines. Au travers des événements qui se pressent et l'emportent, couronnement de Milan, campagne de Fan XIV, campagne de Moravie, c'est là la pensée dominante : Gomment en ce moment songerait-il au divorce? Puis, c'est la Prusse attaquant et la campagne d'Iéna.
Donc, à peu près tranquillement passent pour Joséphine ces deux années 1805 i 1806; elle y atteint le sommet de sa fortune; elle y jouit de tous les honneurs et sa destinée paraît fixée; mais, à la fin de 1806, premier coup de cloche annonçant la déchéance : Napo léon est père et à n'en pas douter. Il a eu un fils : Léon, né le 13 décembre. Donc il peut en avoir d autres ; le mauvais sort est conjuré. Cinq mois plus tard, le 5 mai 1807, le fils de Louis et d'IIortense, 1 enfant sur qui Napoléon a reporté tout le paternel de sa tendresse, qu'il a virtuellement institué l'héritier, pour qui il a combiné les principaux ressorts de ses consti-
tions, meurt du croup à la Haye. C'est le glas de Joséphine que sonne le bourdon de Notre-Dame. Peutêtre l'impression produite par le premier fait n'eût point été si profonde qu'elle déterminât une résolution chez l'Empereur; mais il a dissipé ses doutes et mis fin à ses appréhensions. Jeté en son esprit, il y a fatalement provoqué des idées auxquelles la mort du fils d'Hortense donne leurs directions et qui trouvent à Tilsitt leur terrain de culture. Alors, elles sont mûres, et Napoléon envisage pour la première fois, non plus seulement l'hypothèse ancienne du divorce, mais le choix d'une nouvelle épouse.
Jusque-là il n'a pas fourni à ses projets un objet certain; à présent, c'est d'en trouver un qu'il s'inquiète. Il fait dresser une liste des princesses d'Europe en âge d'être mariées et de condition à lui convenir : liste singulièrement courte : deux russes, deux autrichiennes, deux saxonnes, une bavaroise, une espagnole, une portugaise. Ces dernières écartées, car il a ses desseins sur l'Espagne et le Portugal, la liste s'abrège, mais qu'importe, il a son siège fait. L'alliance politique qu'il conclut à Tilsitt avec Alexandre doit être renforcée et doublée d'une alliance familiale. Par là seulement, elle deviendra ferme et stable à jamais ; elle constituera un système. Sur des paroles qui, peut-être, ne sont que de compliments et de politesse, sur une phrase d'Alexandre : qu'il eût été heureux de donner sa sœur à Jérôme, il part et, sans approfondir davantage, il trouve là une avance pour lui-même, la certitude qu'il ne sera point