INQUIÉTUDES DE NAPOLÉON
et, pour vous faire partager ma joie, je nie bâte de tous envoyer la copie d'une lettre qu'il m'a écrite après avoir refusé une couronne qu'on lui offrait, s'il consentait à être un ingrat, un lâche, enfin à trahir l'Empereur comme le roi de Naples. »
Est-ce à dire pourtant qu'Eugène n'est pas sans quelque préoccupation de s'assurer, avec l'assentiment de l'Empereur et en lui restant fidèle, la couronne à laquelle il a été appelé? Il obéirait sans réplique à un ordre formel de ramener ses troupes sur la frontière de France, mais, dès que l'alternative lui est laissée de garder ou d'abandonner l'Italie, il ne se trouve pas assez résolu pour prendre un parti L'Empereur, de son côté, au milieu des fluctuations qui, selon les succès ou les revers, agitent ses décisions, tantôt veut, et tantôt ne veut pas que FItalie soit évacuée, et lorsque, en contradiction avec sa pensée du moment, il reçoit d'Eugène une réponse inspirée par des instructions de vingt jours antérieures, il est tenté d'attribuer les actes du vice-roi à des ambitions personnelles et même à des velléités de trahison.
Dans un temps de communications immédiates, on perd de vue qu'alors, il fallait, de Paris à Milan, à l'estafette le plus rapide, huit jours pour le moins; autant pour le retour; les événements de guerre déplaçant constamment les quartiers généraux amenaient des retards de vingt-quatre, de quarante-huit heures dans chaque sens ; dès lors, pour l'échange de- pensées, c'étaient quinze, dix-huit, vingt jours
Dans une période comme la Campagne de France où les minutes comptent pour des siècles, où la situation se transforme continuellement, qu'on juge dès lors de l'inconcordance des réponses et de l'incertitude même des ordres.
Toutefois, il faut que des faits particuliers soient venus à la connaissance de l'Empereur pour que, de Nogent, le 8 février, il écrive au roi Joseph : « Mon frère, faites remettre cette lettre en main propre à l'Impératrice Joséphine; je lui écris pour qu'elle écrive à Eugène. » Sur cette lettre dont on n'a point le texte, Joséphine écrit immédiatement à son fils : « Ne perds pas un instant, mon cher Eugène, quels que soient les obstacles, redouble d'efforts pour remplir Tordre que l'Empereur t'a donné. Il vient de m'écrire à ce sujet. Son intention est que tu te portes sur les Alpes en laissant dans Mantoue et les places d'Italie seulement les troupes d'Italie. Sa lettre finit par ces mots : « La France avant tout, la France a besoin de tous ses enfants. » Viens donc, mon cher fils, accours; jamais Ion zèle n'aura mieux servi l'Empereur. Je puis t'assurer que chaque moment est précieux. Je sais que ta femme se disposait à quitter Milan. Dis-moi si je puis lui être utile. Adieu, mon cher Eugène, je n'ai que le temps de t'embrasser et de te répéter d'arriver bien vite. »
Quel est ce mode nouveau qu'adopte l'Empereur pour transmettre ses ordres à un de ses lieutenants? Depuis quand Eugène reçoit-il ses instructions par sa mère et non plus par le ministre de la Guerre ou le