LES COUCHES D'AUGUSTE
major général ? Si l'Empereur met ainsi Joséphine en jeu, et dans des termes presque de supplication, c'est donc qu'il doute de la fidélité d'Eugène et qu'il la suspecte?
En effet, une démarche inconsidérée qu'a faite Eugène prêle à des commentaires : au mois de janvier, préoccupé de la grossesse de la vice-reine et de son prochain accouchement, il a fait demander au maréchal de Bellegarde, commandant les armées autrichiennes, l'autorisation que sa femme restât à Milan ou à M onza pour le temps de ses couches, au cas où lui-môme évacuerait l'Italie. Bellegarde en a référé à Vienne où la demande a été accueillie et des lettres ont été échangées qui, bien qu'ayant trait uniquement à la santé de la princesse, n'en donnent pas moins lieu à des suppositions défavorables. Au moment où il écrit ses lettres du 8 février, l'Empereur sait seulement qu'il y a eu des communications entre Eugène, le quartier général autrichien et le cabinet de Vienne. Il ne sait pas de quoi elles traitent, car on ne lui en a pas rendu compte et il est en droit de tout soupçonner.
Dix jours plus tard, le 18, il reçoit Tascher, aide de camp du vice-roi qui arrive d'Italie ; il apprend de lui ce dont il s'agit et, dès le 19, il écrit à Eugène : « Mon fils, il est nécessaire que la vice-reine se rende sans délai à Paris pour y faire ses couches ; mon intention étant que, dans aucun cas, elle ne reste dans le pays occupé par l'ennemi. » Il est complètement rassuré non seulement sur les actes, mais sur les in ton-
tions d'Eugène, car, trois jours plus tard le 22, an congrès de Chàtillon, Caulaincourt est chargé formellement de poser cette question : « Si les droits du vice-roi comme héritier du royaume d'Italie étaient reconnus pour le cas où le roi d'Italie renoncerait à la couronne de ce royaume. »
Mais l'explication de ces impressions et de ces pensées successives et contradictoires échappe forcément à Eugène. Le 18 février, il reçoit à Vol ta la lettre de sa mère en date du 9; déjà, il a sur le cœur la façon légère dont l'Empereur a traité la mission du prince de la-Tour-et-Taxis, se contentant de dire : « Je reconnais bien là la politique de l'Autriche, c'est ainsi qu'elle fait tant de traîtres; » mais, à ce nouveau coup, il ne peut se contenir : lui faire écrire par sa mère, c'est mettre en cause des sentiments qui n'ont rien à voir avec le militaire, c'est marquer, par suite, des inquiétudes don t il sent profondément l'injure : « Votre Majesté a semblé croire, écrit-il à l'Empereur, que j'ai besoin d'être excité à me rapprocher de la France dans les circonstances actuelles, par d'autres motifs que mon dévouement pour sa personne et mon amour pour ma patrie. Que Votre Majesté me le pardonne, mais je dois lui dire que je n'ai mérité ni ses reproches, ni le peu de confiance qu'elle montre dans des sentiments q ui seront toujours les plus puissants mobiles de toutes mes actions. » Il insiste alors sur le caractère conditionnel de Tordre qu'il a reçu. Il devait se retirer sur les Alpes dans le cas où le roi de Naples déclarerait la guerre à la Fiance : or, le roi de Naples n'a pas déclaré