‹ Joséphine répudiéeChapitre 113 sur 165 · LETTRES À L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LETTRES À L'EMPEREUR

la guerre et, « il y a deux jours encore, il a fait dire à Eugène que son intention n'était pas d'agir contre l'Empereur et il lui adonné en même temps à entendre qu'il ne faudrait qu'une circonstance heureuse pour qu'il se déclarât en faveur des drapeaux pour lesquels il a toujours combattu ». Eugène expose ensuite que sa retraite, avec une armée que la désertion eût réduite à dix mille hommes, eût amené sur la France l'effort d'une armée autrichienne de 70 000 hommes, de l'armée napolitaine et, vraisemblablement, de l'armée italienne elle-même. En tout cas, si l'Empereur voulait que le mouvement s'accomplit à tout risque, « que n'a-t-il daigné l'ordonner? ». « Votre Majesté doit en être bien persuadée; ses moindres désirs seront toujours des lois suprêmes pour moi ; mais elle m'a appris que, dans le métier des armes, il n'est pas permis de deviner des intentions et qu'on doit se borner à exécuter des ordres. Quoi qu'il en soit, dit-il en terminant, il est impossible que de pareils doutes soient nés dans le cœur de Votre Majesté. Un dévouement aussi parfait que le mien doit avoir excité la jalousie. Puisse-t-elle ne point parvenir à altérer les bontés de Votre Majesté pour moi; elles seront toujours ma plus chère récompense. »

A sa mère, dans une lettre qu'il destine à tous les lecteurs, il va bien plus loin et, en s'indignant davantage, accuse directement ceux qu'il soupçonne de Tavoir calomnié près de l'Empereur : il ne les nomme point, mais le beau-frère de Beruadotte, lieutenant général de l'Empereur, ne. pourra se méconnaître.

■ Ta lettre m'a confondu, dit-il... Je ne croyais pas être arrivé jusqu'à ce moment pour avoir besoin de donner à l'Empereur des preuves de ma fidélité et de mon dévouement : je ne puis dans tout r.ela voir qu'une chose, c'est que j'ai des ennemis et qu'ils sont jaloux de la manière, j'ose dire, honorable dont je me suis tiré des circonstances les plus difficiles. » Il reprend alors les arguments qu'il a développés devant l'Empereur, il affirme son dévouement, il démontre qu'il n'a reçu aucun ordre positif de se mettre eu retraite et qu'il est resté dans son droit et dans son devoir en ne se repliant pas sur les Alpes.

N'est-ce pas un ordre pourtant, mieux qu'on ordre, cette lettre qu'il a reçue de Joséphine? Sans doute, le souci qu'il prend d'avoir raison dans sa défense l'empêche de le considérer comme tel :il était à Voltale 9; il y est encore le 27. Il y reçoit la lettre de l'Empereur en date du 19, ordonnant qu'Auguste rentre en France pour ses couches. C'est un nouvean grief et, sans se souvenirque PEmpereuren a peut-être formé d'autres de son côté, il écrit : « J'ai reçu les ordres de Votre Majesté en date du 19 concernant le départ de la vice-reine de Milan. J'ai été profondément affligé de voir, par la forme de cet ordre, que Votre Majesté s'était méprise sur mes véritables intentions en pensant que j'eusse jamais eu celle de laisser la vice-reine dans les lieux qu'auraient occupés les ennemis de Votre Majesté à moins d'un obstacle physique. Je "royais, par toute ma conduite, avoir mérité que Votre Majesté ne mit plus mes sentiments en doute. La santé

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de ma femme a été très mauvaise depuis trois mois ; les derniers événements, en redoublant ses inquiétudes, avaient aggravé son mal. Je vais lui communiquer les intentions de Votre Majesté et, dès que sa santé le lui permettra, elles seront remplies. Je le répète, Sire, elles ne pouvaient nous chagriner que par les motifs injustes qui vous les auraient suggérées et qui sont étrangers, j'ose le dire, à votre cœur paternel. »

Mais cela n'est rien. Eugène encore y met des formes : sa lettre attristée, irritée même, reste respectueuse. Auguste est plus nette. Elle a pourtant été prévenue par sa belle-mère et par sa belle -soeur ; elle ne peut douter des mobiles qui font agir l'Empereur; elle sait que Joséphine l'attend depuis le 9 février; mais il n'importe ; et, à cet ordre qui contrarie son amouret ses projets, elle répond d'un ton où se retrouve toute la hauteur de la princesse allemande et, peut-on dire, tout le dédain d'une fille des Wittelsbach. Elle ne descend k se justifier ni de la négociation qu'elle a fait engager avec Vienne, ni du retard qu elle a mis à se rendre en France. C'est elle qui accuse, non seulement les calomniateurs, mais l'Empereur même ; c'est elle qui le taxe d'injustice et, d'ailleurs, elle refuse nettement de lui obéir.

« Eugène, écrit-elle, vient de me communiquer l'ordre que Votre Majesté lui a donné ; il m'a extrêmement surprise, car je ne m'attendais pas qu'aprèi toutes les preuves d'attachement qu'Eugène ne cesse de vous donner, vous exigiez qu'il risquât aussi la santé et même la vie de sa femme et de ses enfants,

seul bien et consolation qu'il a dans ce monde. S'il ne parle pas en cette occasion, c'est à moi de le faire.

« Sans doute je connais mes devoirs et les siei,« envers Votre Majesté. Nous en avons donné assez de preuves, et nous n'y avons jamais manqué ; notre conduite est connue de tout le monde ; nous ne nous servons pas d'intrigues et nous n'avons d'autre guide que l'honneur et la vertu. Il est triste de devoir dire que, pour récompense, nous n'avons été abreuvés que de chagrins et de mortifications, que nous avons pourtant supportés en silence et avec patience.

« Malgré que nous n'ayons fait de mal à personne, nous avons des ennemis, je ne puis en douter, qui cherchent à nous nuire dans l'esprit de Votre Majesté ; car, si vous écoutiez votre cœur, vous ne nous traiteriez pas comme vous le faites.

« Qu'ai-je fait pour mériter un ordre de départ aussi sec ? Quand je me suis mariée, je ne pensais pas que les choses en viendraient là. Le roi, mon père, qui m'aime tendrement, m'avait proposé, pendant que les aiïaires allaient si mal, de me prendre chez lui, afin que je puisse faire tranquillement mes couches. Mais je l'ai refusé, craignant que cette démarche jetât du louche sur la conduite d'Eugène, quoique ses actions parlaient pour lui, et je comptais aller en France. J'ai été malade depuis, et les médecins m'ont dit que je risquerais beaucoup si je faisais un si grand voyage dans ce moment, étant déjà dans le huitième mois de ma grossesse, et alors je me suis décidée à me retirer à Monza, si Eugène était forcé de quitter l'Italie,

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