‹ Joséphine répudiéeChapitre 114 sur 165 · LETTRES A L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LETTRES A L'EMPEREUR

croyant que Yotre Majesté ne pourrait pas le trouver mauvais ; mais je vois que vous ne prenez plus aucun intérêt à ce qui peut m'arriver, ce qui m'afflige profondément.

« Malgré cela, j'obéirai à vos ordres. Je quitterai Milan, si les ennemis doivent y venir; mais mon devoir, mon cœur me font une loi de ne pas quitter mon mari, et puisque vous exigez que je risque ma santé, je veux au moins avoir la consolation de finir mes jours dans les bras de celui qui possède toute ma tendresse et qui fait tout mon bonheur.

«c Tel que sera son sort, je le partagerai et il sera toujours digne d'envie, puisque nous pourrons nous dire que nous en avons mérité un plus heureux, et que nous aurons une conscience sans reproche.

« Malgré les chagrins que Yotre Majesté nous fait éprouver, je ne cesserai de me réjouir de son bonheur et de faire des vœux pour celui de l'Impératrice. »

Cette étonnante lettre a reçu la pleine approbation, «c même provoqué l'enthousiasme d'Eugène. « Je te jure, a-t-il écrit à sa femme, qu'il est impossible de faire mieux ; elle peint ta belle âme et ton beau caractère. » En même temps qu'à l'Empereur, elle a été adressée en copie à Joséphine et à Hortense; elle met en effet toutes les apparences du côté du viceroi et il parait impossible ensuite qu'on lui reproche rien. Sans doute, il paraîtra singulier qu'Eugène persiste à rester en Italie ; singulier aussi qu'Auguste, qui ne peut venir à Paris, ni même dans le midi de la France, se rende à Mantoue. A Malmaison, on

n'ignore point les espérances que le ménage a formées puisque Joséphine écrit à sa fille : « Je suisconvaincueque l'Empereur cédera l'Italie, mais, n'importe ce qui arrivera, notre cher Eugène se sera fait une belle réputation, c'est au-dessus de tout; » et qu'elle ajoute : « J'ai tâché dans ma lettre de donner du courage à Auguste, mais j'ai bien pris sur moi. » Il serait inutile de contredire : la posture est prise, elle est belle ; et c'est Napoléon qu'on devra accuser d ingratitude vis-à-vis d'Eugène, modèle de fidélité.

L'Empereur, qui a été traité « comme un petit garçon » par sa belle-fille, répond d'un style différent à elle et à Eugène, mais, à l'un comme à l'autre, il fait, en vérité, ses excuses et, s'il est vrai qu'il soit dupe, il Test de façon que sa magnanimité éprouve le besoin de se faire pardonner le soupçon qu'on a pu lui attribuer.

Il écrit à Eugène (Soissons, 12 mars) : « Mon fils, je reçois une lettre de vous et une de la vice-reine qui sont de l'extravagance; il faut que vous ayez perdu la tète. C'est par dignité d'homme que j'ai désiré que la vice-reine vint faire ses couches à Paris et je la connais trop susceptible pour penser qu'elle puisse se résoudre à se trouver dans cet état au milieu des Autrichiens. Sur la demande de la reine Hortense, j'aurais pu vous en écrire plus tôt ; mais alors Paris était menacé. Du moment que cette ville ne l'est plus, il n'y aurait rien de plus simple aujourd'hui que de venir faire ses couche au milieu de sa famille et dans le l : ^u où il y a le moins e sujets

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