HORTENSE A NAVARRE
à filois. Elle a vu dans cet ordre « des persécutions particulières », a notifié à Loilis, à Marie-Louise, à l'Empereur, son refus d'obéir et, faisant mettre les chevaux, k tout risque, car les cosaques ont para dans la forêt, elle a pris la route de Navarre. A Main* tenon, elle a requis une escorte et, dans la nuit, elle est arrivée au ch&teau de Louye qui appartient à son chevalier d'honneur M. d'Arjuzon. A cinq heures du matin, le 1 er avril, elle est repartie ; et à quatre lieues de Navarre, elle a trouvé M. de Pourtalès, venu au* devant d'elle avec les chevaux de sa mère. Enfin, la voici.
Si imprudente que soit cette démarche, si fort qu'elle doive compromettre Horteose, si graves qu'en «oient les conséquences, elle n'a pas été préméditée. L'injonction que Marie-Louise lui a adressée, et qui, à coup sûr, n'excédait ni le droit dynastique de la part de la Régente, ni le droit paternel de la part de Louis, lui a paru une injure suprême, la marque qu'on doutait d'elle, et, par une révolte ouverte, sa sature s'est plue à la braver ; mais ce n'est pas pour une trahison profitable qu'elle sépare à ce moment sa fortune de celle des Bonaparte. Peut-être même n'a-t-elle pas encore le propos délibéré de cette rupture et n f at-elle cédé qu'au désir de contrarier son mari et d'affirmer son droit sur ses fils, fin tout cas, l'état d'esprit où elle est vis-à-vis de l'Empereur et la société où elle est habituée de vivre n'ont rien de commun «avec les pensées où elle trouve sa mère et avec la société qu'elle rencontre à Navarre.
Il s'en faut que la Maison d'honneur y soit au complet, car beaucoup s'empressent déjà au service des alliés, et pourtant le château est plein. Ceux qui sont venus ont amené leurs femmes, leurs enfants, tout leur monde et se sont établis en maîtres. Ils voient d'un air contraint arriver Hortense et « on l'y souffre avec peine ». On se sépare nettement de ceux qui l'accompagnent. « Restez-vous? Partez-vous? leur dit-on ; quant à nous, nous sommes bien tranquilles ; il ne nous arrivera rien. » Aux nouvelles qui viennent de Paris, l'entrée des alliés, le Gouvernement provisoire, l'échauffourée royaliste, les rubans blancs, tout le reste, c'est une joie qu'on ne prend pas la peine de dissimuler. On s'enorgueillit de M me de Rémusat qui distribue des cocardes blanches. M me d'Audenarde qui n'a vécu que des bontés de Joséphine espère que le Roi lui en tiendra compte ; M. de Pourtalès attend un courrier du roi de Prusse ; M. de Turpin aspire à inspecter les Musées et M. de Lastic, les Haras, durant que M. de Viel-Castel commande la garde nationale de Versailles pour le compte des Alliés, que Montlivault se prépare à gouverner les Vosges et que M. Maillard de Liscourt, le fiancé de M Ue Caze sauve, chaque matin, Paris, dansle Journal des Débals de l'explosion de la poudrerie de Grenelle, Quel courage il eut de repousser les ordres sanguinaires que Buonaparte ne lui fit jamais donner! Et cette menterie dont les Français — même Pasquier — ne veulent pas, est payée par les Russes d'un Saint- Alexandre-Newski en diamants.