‹ Joséphine répudiéeChapitre 119 sur 165 · RCYALISME DE LA MAISON D'HONNEUR · texte numérisé non relu

RCYALISME DE LA MAISON D'HONNEUR

Quant à la duchesse d'Àrenberg peut-être rédiget-elle déjà les requêtes au Roi et à rOfficialité sur lesquelles son premier mariage sera déclaré nul, pour qu'elle puisse en contracter un second avec M. de Chaumont-Guitry S

Joséphine n'aura donc que, pour la forme, à congédier sa Maison d'honneur. Hormis M me d'Arberg qui, avec une extrême dignité, continue à remplir sa place de dame d'honneur, hormis la princesse Giedroyc et les van Berchem, — une Belge, une Polonaise et deux

4 Stéphanie Tascher a certainement, dès la première Restauration, commencé à ce sujet des démarches qui, interrompues par les Cent- Jours, seront reprises par elle avec ardeur dès le retour de Gand. Par la protection de Decazes, elle obtiendra celle du comte de Pradel et la bienveillance du Roi. Dans les mémoires qu'elle fera mettre sous les yeux de Louis XVIII, elle s'attachera, presque autant qu'à la nullité de son mariage, à la conservation de son rang et de sa fortune. Elle demandera qu'on lui confirme, avec le titre de princesse, la donation de un million 'qu'elle tient de a Buonaparte » et qu'on consente que cette donation soit exécutée quel que soit le Jugement sur la cassation du mariage, « Elle pourrait alors provoquer avec sécurité la dissolution de son mariage et trouver dans la restitution de sa dot que lui ferait le duc d'Arenberg une existence assurée pour l'avenir. » Elle obtiendra, le 29 août 1816, un jugement du tribunal de la Seine déclarant le mariage nul sur le fait de la contrainte, et, le 27 mars 1817, une sentence de l'officialité de Paris déclarant le mariage nul comme non consommé. Elle prendra alors le nom de princesse Stéphanie de Tascher : c'est sous ces qualités qu'elle obtiendra, une ordonnance du Roi vl portant création d'une dotation de 750 000 francs en considération, est- il dit, du mariage qu'elle est sur le point de contracter avec M. le comte de Quitry », — a un ûdèle serviteur du Roi, qui en toute occasion a donné des preuves de son zèle et qui est maintenant officier dans la garde de Sa Majesté. » Elle exercera sur le duc d'Arenberg la reprise de sa dot dans des conditions de rigueur, ruineuses pour lui et le 8 novembre 1817, en robe blanche que Leroy fournira pour 580 francs, elle épousera, enfin, M. de Quitry, qui la rendra très malheureuse et qui, huit mois après sa mort arrivée le 26 octobre 1832, épousera M wa de Rully, fille naturelle du duc de Bourbon. Je suis obligé de résumer ici extrêmement, mais cette vie serait intéressante à retrouver par le détail

Suisses, — tout ce qui est français aspire aux Bourbons et s'y jette. Heureusement, sur la nouvelle de la venue d'Hortense, d'autres fugitives qui pensent mieux, viennent demander un asile : la duchesse de Bassano, avec ses enfants et ses sœurs, se rendant à Àlençon; M™ Mollien revenant de Blois, et c'est M"* Gazzani, « près d'accoucher, éptorée et toujours belle ».

Rassurée qu'elle est un peu par la présence de sm fille, Joséphine, à présent, concentre toutes ses inquiétudes sur Malmaison; elle y a laissé Bonpland qui, par Humboldt, est en bonne posture près des alliés, mais Bonpland saura-t-il agir? Lavallelte fera mieux* et voici d'abord une lettre pour le charger de demander une sauvegarde. Puis une autre lettre à Bonpland : « Je ne vous recommande pas d'avoir soin de Malmaison, je m'en repose sur votre zèle et votre attachement pour moi. Si vous obtenez une sauve* garde, vous ferez manger l'officier avec vous et vous ferez nourrir les soldats (2 avril). » Une autre lettre, le môme jour, dictée à Deschamps, pour entrer dans plus de détails; et, deux jours après, sur la nouvelle que la sauvegarde est obtenue et qu'un poste russe est établi à Malmaison, des ordres descendant à la minutie.

Pourtant, ses pensées pourraient être ailleurs. Dans la nuit du 2 au 3 avril, est arrivé un auditeur chargé par le duc de Bassano, de donner des nouvelles précises de Fontainebleau. Il raconte la trahison de Marmont, l'occupation de Paris, les incertitudes do

LETTRES DE JOSEPHINE *»i

l'Empereur 1 , les difficultés de sa position, la négociation probable avec les alliés. Puis, on retombe dans l'incertitude, Ton reste sans nouvelles. Que pense pourtant Joséphine ? Voici d'elle , du 7, une lettre qu'elle écrit à une ancienne connaissance, la comtesse Caffarelli : « Je suis bien touchée, Madame, de votre souvenir et de votre intérêt pour moi. C'est dans des moments comme ceux où nous sommes que Ton sent tout ce que vaut l'amitié. L'affliction en double le prix. Je suis arrivée ici le 30, et la reine deux jours après, avec ses enfants. Elle est aussi souffrante et aussi douloureusement affectée que moi. Nous avons le cœur brisé de tout ce qui se passe et surtout de l'ingratitude des Français. Les journaux sont remplis des plus horribles injures. Si vous ne les avez pas lus n'en prenez pas la peine, ils vous feraient mal. Il paraît que l'Empereur a envoyé à Paris les maréchaux Ney et Macdonald avec le due de Vicence, pour proposer d'abdiquer en faveur du roi de Borne et que la proposition n'a pas été acceptée jusqu'à présent. Érreux et Navarre sont tranquilles, mats on nous menace, aujourd'hui ou ' demain, de la visite de l'ennemi. CroirteE-vous que le

* Peut- il, comme le dit M 11 * Cochelet, unique témoin, parler déjà de File d'Elbe ? Gela ne aérobie guère possible. Cet auditeur. M. de Maussion, en admettant qu'il soit parti le 2 de Fontainebleau pour arriver dans la nuit du £ au 3 à Navarre, n'a pu raconter ce qui s'est passé 4 Fontainebleau dans cette même nuit du 2 au 8 oà seulement est arrivé le duc de Vicence. Dès lors, la scène ou Joséphine, d'après M»» Cochelet, s'écrie : « Comment, il est confiné à l'île d'Elbe ? Ah I sans sa femme, j'irais m'y enfermer avec lui! » «est inadmissible. Ou il y a erreur de dates, ce qui n'est pas probable, ou il y a témoignage supposé pour les besoins de la légende.

général chargé de s'emparer du département au no du gouvernement provisoire est le duc de Raguse qui a passé de leur côté avec le corps d'armée qu'il commandait. Remerciez pour moi le général Cafiarelli de son souvenir et soyez bien convaincue des senti* ments que je vous porte. »

Voilà, peut-on croire, une des expressions de sa» pensée : elle l'adresse à la femme d'un aide de camp du Consul, d'un ami d'Eugène, du ministre de la Guerre d'Italie, d'un fidèle. Autre est, sans doute, celle que, le même jour, elle adresse au prince de Bénévent « pour lui demander ses bons offices pour elle et ses enfants » ; et celle-ci doit se rapprocher singulièrement de cette troisième que, le lendemain, elle envoie à Alexandre Lenoir : « Je suis venue à Navarre, écrit-elle, moins par crainte que par bienséance ; si vous croyez qu'il soit à propos que je retourne à Malmaison, mandez-le-moi. » Pourtant, elle n'a plus rien à craindre pour Malmaison; elle sait que, sauf le concierge un peu battu et quelques meubles brisés au pavillon d'entrée par les cosaques, tout a été respecté, mais il s'agit pour elle de « savoir quel sera son sort et comme il sera fixé ». Elle a la certitude que, en traitant avec les alliés, l'Empereur ne l'oubliera point, mais il ne dépend pas de l'Empereur qu'on la tolère à Malmaison, qu'elle obtienne un rang et une place dans la nouvelle organisation de l'État : c'est affaire aux vainqueurs et aux Bourbons; donc, c'est d'eux qu'elle se prépare à les obtenir.

A Fontainebleau, dans ces jours d'angoisse su-

Page 1