ALEXANDRE A MALMAISON
trouve à se parer, qui sait si, en l' inconscience où elle vit, comme la plupart des femmes, de l'âge qu'elle a pris et des traces qu'il a laissées, elle n'ajoute pas la vague imagination d'une conquête possible! Et n'est-elle pas plus excusable que toute autre, en l'atmosphère de flatterie où elle respire, dans ce concert d'adulations qui répète les louanges de sa beauté et de son éternelle jeunesse.
Gomme elle Ta pensé, Alexandre revient, mais elle ne tarde pas à sentir que c'est pour Hoïtense, qui, loin de se livrer comme elle-même a fait banalement, se refuse, et, ainsi qu'elle dit, « reçoit comme elle le doit les vainqueurs de son pays ». L'empereur, qui porte en soi une haute dose de sentimentalisme, éprouve « à un point extrême le désir de plaire par lui-même » ; et cette résistance, loin de le contrarier, serait la meilleure tactique pour le prendre. Puisque le souverain est odieux, le triomphe de l'homme en sera bien plus flatteur et nïra qu'à lui seul. Si Hor* • tense n'éprouve point d'elle-même ces répugnances, elle serait habile en les simulant ; mais elle est sincère ; et si, peu à peu, elle est agréablement impressionnée par l'empressement qu'il marque à la rechercher, si elle comprend qu'elle pourrait profiter de son engouement, si elle approuve que sa mère en tire parti pour Eugène, « pourtant, dit-elle, j'aurais aimé que nous n'eussions rien à demander à personne ».
Aussi bien, quel fonds convient- il de faire à ces protestations, dès qu'il s'agit d'intérêts politiques, que
Ton sort du vague des promesses oiseuses et des arrangements médiocres d'une vie privée? Lorsqu'on apprend que deux officiers généraux ont été députés, près des souverains alliés, par l'armée italienne, pour demander que l'Italie reste, sous Eugène, an royaume indépendant, des ordres sévères sont donnés pour les arrêter dans leur marche, à Tapproche de Paris. « Cela, dit Alexandre, entre dans les arrangements généraux. » Est-il dupe ou complice de l'Autriche? En tout cas, l'Autriche, sans attendre, a pris les devants ; elle a résolu la question, et pour évincer Eugène, elle a employé les grands moyens.
Le 17 avril, sur la nouvelle des événements de Paris, Eugène qui, jusque-là s'était maintenu dans ses positions en repoussant victorieusement les attaques de Bellegarde, a signé avec lui une suspension d'armes et a mis en route vers les frontières les troupes françaises faisant partie de son armée. Dans la proclamation qu'il leur a adressée, — proclamation où le nom de l'Empereur n'est pas prononcé, où son souvenir n'est pas rappelé, mais où, par contre, il est parlé de « la France cherchant un remède à ses maux sous son antique égide », — il a formellement invoqué les devoirs qui le retiennent en Italie : « Un peuple bon, généreux, fidèle, a-t-il dit, a des droits sur le restant de mon existence que je lui ai consacrée depuis dix ans. Aussi longtemps qu'il me sera permis de m'occuper de son bonheur, qui fut toujours l'occupation la plus chère de ma vie, je ne demande pour moi aucune autre destination, »