EUGÈNE ET L'AUTRICHE EN ITALIE
Le même jour, il a déterminé les troupes italiennes restées sons ses ordres à envoyer à Paris des députés, et il a provoqué, de la part du Sénat dé Milan, dont il se croit sûr, une semblable députation. Mais, à Milan, en son absence, les factions se sont développées à l'aise : une, d'abord muratiste, puis militaire avec Pino ; une seconde, italienne pure, refusant tout étranger; une troisième, la plus forte et la plus riche, autrichienne. Le Sénat, en votant une députation près des souverains alliés, ne charge point ses représentants de demander que la couronne d'Italie soit dévolue à Eugène ; il nomme des députés dont aucun n'est dans les intérêts du vice-roi, et il se dégage de lui « en saisissant avec empressement cette occasion de lui offrir l'assurance de sa parfaite estime et de son attachement sincère. »
Pour les partis hostiles à Eugène c'est trop encore :. il faut, sans perdre de temps, dissoudre le gouvernement, compromettre par des excès la population milanaise, de façon que les ponts soient coupés derrière elle et que l'intervention autrichienne se trouve justifiée. Une foule soudoyée s'assemble autour du palais du Sénat, exige la convocation des collèges électoraux et le rappel des députés ; puis, ayant obtenu le dispersement du Sénat, elle se porte sur le palais du Marino qu'habite le comte Prina, ministre des Finances. Sous les yeux de la troupe dont Pino a usurpé le commandement, c'est le pillage d'abord, puis le plus hideux massacre. En l'absence des pouvoirs établis, le Conseil communal nomme alors une régence provisoire,
et, sauf deux membres, cette régence est composée d'Autrichiens purs. •
Ces nouvelles arrivant à Mantoue y provoquent, de Jm part de l'armée, les plus vives démonstrations. On acclame roi Eugène, on veut marcher sur Milan; mais quel moyen de lutter à la fois contre la capitale révoltée et contre l'Autriche qui va y faire marcher ses troupes ? « Je ne veux pas, dit Eugène, m'imposer à un pays qui ne me désire pas. L'Italie est bien assez i plaindre ; elle l'est depuis longtemps, elle va Tetra bien plus encore; je ne dois pas augmenter ses souffrances en y ajoutant la guerre civile et tous les maux qui l'accompagnent. J'avais cru rester deboat après la chute de l'Empereur et, cela dans l'espoir d'opérer le salut du pays qui m'a été confié. Le pays repousse mon appui. C'en est assez. » Le 23 avril, il conclut donc avec les Autrichiens une nouvelle convention par laquelle il leur abandonne, outre Milan, outre les départements que ses troupes occupent encore, son armée même. La vice-reine n'est qu'au neuvième jour de ses couches. Elle part cependant avec son mari pour Vérone et de là, elle gagne Munich.
Ainsi se trouve résolue, au profit de l'Autriche, sans que les autres puissances aient eu à donner leur avis, la question de l'Italie. Sans doute il faut encore que l'Empereur apostolique obtienne, de l'Europe, un titre de propriété, mais déjà il a la possession : « Beati possidentes ». Et, bien mieux, il peut affirmer, avec quelque apparence, qu'il a été appelé par le peuple et par l'armée : c'est là du droit démocratique.