‹ Joséphine répudiéeChapitre 126 sur 165 · LE DUCHÉ DE SAINT-LEU · texte numérisé non relu

LE DUCHÉ DE SAINT-LEU

moins à M me Louis Bonaparte, ni à la Princesse Louis, ni à la reine de Hollande, ni à la reine Hortense qu'on entend le donner, mais à Mademoiselle de Beauharnais, Louis XVIII, qui datera ces lettres patentes de la dixhuitième année de son règne, peut-il en effet s'infliger le démenti de reconnaître que, durant quinze au moins de ces dix-huit années, il a existé un usurpateur du nom de Bonaparte? peut-il prononcer ce nom et donner une existence légale à quoi que ce soit qu'il ait fait? Hortense de son côté, refuse d accepter une telle formule : « Je crois de mon devoir, dit-elle, de ne pas permettre qu'on oublie que j'ai été reine quoique je ne tienne pas à me faire nommer ainsi. » On négocie donc pour trouver un texte qui satisfasse à la fois le Roi très chrétien et la ci-devant reine de Hollande, et Alexandre, qui rencontre ainsi plus de difficultés pour ériger un duché de parade que pour restaurer une dynastie, achève de se blesser d'une mesquinerie peu compatible, à son avis, avec la gratitude que lui doivent ceux qu'il a rétablis. A-t-il eu raison de le faire ? il se le demande à des moments. À Malmaison, ce n'est pas seulement Alexandre : par curiosité et par mode, tous les étrangers s'y portent, tous sont reçus à miracle, invilés à dtner, gracieuses par la maltresse en grâces ; tous sont ravis de l'accueil et sollicitent de revenir. Pas seulement les princes qui ont un lien d'alliance avec les Beauharnais, comme le grand-duc de Bade et le prince de Bavière; pas seulement ceux qui, à Fontainebleau, furent les hôtes de l'Impératrice, comme les princes

de Prusse ou de Mecklembourg ; mais tous, Anglais, Allemands, Russes, Prussiens-; c'est un empressement général. La cour est dix fois plus nombreuse et plus brillante qu'après le divorce ; car, comme c'est de bon ton, les Français viennent aussi; ceux qui étaient tout À l'heure d'Empire et auxquels Joséphine fait le même accueil que s'ils étaient demeurés fidèles et ceux qui toujours ont été au Roi, mais qui, par quelque côté, ont eu affaire à l'Impératrice. C'est le salon i la mode, le seul presque où ce monde bigarré, venu à Paris de tous les points de l'Europe, et à travers quels champs de bataille ! se rencontre et fraternise — - et c'est chez la femme de Napoléon.

Pourtant, malgré cette affluence, Malmaison n'inquiète pas comme la rue Gerutti. C'est sans contredit une étrangeté qu'une telle cour tenue en face de celle des Tuileries, avec plus de liberté, moins de raideur d'étiquette, une table somptueuse et toujours ouverte, l'agrément de ces jardins célèbres, cette profusion de statues, de tableaux, d'objets d'art qui provoque une admiration convenue ; mais Ton prend sans doute sur Joséphine, sur ses conversations et ses propos, des assurances qu'on ne reçoit pas sur Hortense. Si, aux premiers jours, elle a trouvé que les énormes cocardes blanches seyaient mal à ceux des officiers de sa maison qui venaient encore s'asseoir à sa table et si elle les a invités à les laisser chez son portier, elle s'est rendue moins farouche à mesure que les temps s'écoulent et, si elle n'échange point encore des visites avec les Princes de la Maison de France, au moins témoigne-t-elle,

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