EUGENE ET LES BOURBONS
térèt. J'ai vu chez le Roi, Monsieur et le duc de Berry, son fils; je compte demain les voir chez eux et me présenter aussi chez les empereurs et les rois alliés. »
Est-il vrai , comme on Ta affirmé dans une publication officielle, que Eugène ayant été annoncé au Roi — certains ont dit s'étant fait annoncer — sous le titre de marquis de Beauharnais, « Louis XVIII, se levant brusquement de son fauteuil et allant à sa rencontre, lui ait tendu affectueusement la main, puis, se retournant avec un mouvement de mauvaise humeur bien marquée vers la personne qui avait introduit le viceroi, se soit écrié : « Dites Son Altesse le prince Eugène, « Monsieur, et ajoutez Grand connétable de France « si tel est son bon plaisir ! »
Cette anecdocte où l'impropriété des termes employés dénote l'origine allemande, quoiqu'elle soit garantie authentique par l'éditeur des Mémoires du prince Eugène sans doute d'après la vice-reine, est fausse, au moins en sa seconde partie; quant à la première, Hortense Ta formellement démentie, mais ce n'est pas une raison de croire qu'elle ne soit pas vraie.
Louis XVIII n'eût jamais, en cette forme, offert la plus haute dignité militaire du royaume, — moins encore celle de grand connétable qui n'a jamais existé en France, — mais il eut sans doute un moment l'idée d'attacher Eugène à son service. Le bruit courut même — et le Journal des Débats l'enregistra — qu'il l'avait nommé maréchal de France : « Sa Majesté lui
a dit qu'elle espérait la paix, ajoute le journal, mais que, dans l'occasion, elle remploierait avec la plus grande confiance. » Si chaud pourtant qu'eût été l'accueil, puisque « Louis XVIII lui avait ouvert franchement les bras en lui disant qu'il lui servirait île père en remplacement de celui qu'il avait eu le malheur de perdre dans le cours de la Révolution » ; puisque les enfants de France avaient suivi l'exemple du Roi, que « le duc de Berry avait dit à Eugène en l'embrassant avec effusion qu'il l'avait toujours suivi et admiré dans ses brillantes campagnes » ; malgré « les tendres embrassements du duc d'Orléans et son entretien amical pendant plusieurs heures » ;. malgré « le murmure flatteur élevé à son entrée et à sa sortie du palais », ce n'était pas en France et dans une position subordonnée, si brillante qu'elle fût, qu'Eugène comptait fixer sa destinée, celle de sa femme et de ses enfants. Il voulait un trône, sinon royal, grandducal, et c'était ce trône qu'il était venu chercher. «D'après tout ce quej*ai déjà appris, écrit-il à sa femme dès le jour de son arrivée, il ne faut pas nous attendre à être trop bien traités. Chacun veut se partager le gâteau ; c'est énorme ce que chacun a la prétention d'avoir et il est bien vrai de dire que les liens de famille les plus sacrés sont comptés pour rien en politique... On voulait nous donner Gênes, afin de n'avoir rien à nous donner sur le Rhin. Parle-t-on de Frandbrt,deMayence, etc.? celui-cile réclamée pour lui, Parle-t-on de Berg, de Cologne ? c'est celui-là. Enfin je ne sais pas quel coin on prendra pour nous assurer un