EUGENE ET LES BOURBONS SU
établissement et on ne sait par qui se faire appuyer puisqu'on lèse toujours des prétentions ou des intérêts. » Gênes, au premier coup, lui a semblé singulièrement médiocre, et, si Napoléon a été bien informé, « il l'a refusé à l'instigation d'un ministre dirigeant, qui le flattait faussement de quelque chose de mieux ». Comment d'ailleurs n'y serait-il pas pris? Dans toutes ses visites aux empereurs et aux rois, il a trouvé partout les figures les plus gracieuses. « lis lui ont promis de lui porter intérêt lorsqu'il s'agira de lui faire un«ort » ; mais, pour le moment, il faut attendre, « on ne s'occupe que' de régler et terminer la paix avec la France ». Sans pouvoir encore dire où, « on lui assure qu'il aura une principauté en Allemagne, » et, déjà, les Autrichiens vont faire lever le séquestre sur les biens d'Italie. Quant à la France, « bien que les Français désirassent beaucoup qu'il fût encore utile à leur malheureux pays, car il est peut-être le seul hors des partis, il a tenu avant tout à rester indépendant ». « J'espère bien, écrit-il à sa femme, que tu n'auras pas cru un seul moment à la nouvelle du journal sur ma nomination comme maréchal de France. Puisque je ne te l'ai pas mandé, c'était faux. »
A défaut de l'épée de connétable dont Eugène ainsi n'avait pas l'air de se soucier plus que du bâton fleurdelysé, une principauté était un sort assez convenable et qui méritait qu'on fît effort pour se le procurer. Mais il convient de changer les batteries ; c'était des Alliés qu'il la faut tirer : aussi, Joséphine et Hortense ne négligent aucune occasion de rapprocher Eugène des souve-
rains, surtout de l'empereur de Russie. Hoi tense étant allée s'établir à Saint-Leu et Alexandre y ayant annoncé sa visite pour le 14, toute la famille s'y réunit pour le recevoir. Il n'y a d'étrangers, en dehors des maisons fort réduites de l'Impératrice et de la reine, que la maréchale Ney et le duc de Vicence. Alexandre, qui est venu sans cérémonie, en petite calèche, avec le comte Czernicheff, est « parfaitement bon et aimable ». Durant la promenade qu'on fait en char-à-bancs, dans la forêt de Montmorency et au château de la Chasse, au milieu des bois qui formaient jadis l'apanage de Louis et qui déjà sont rendus au prince de Condé, il s'enquiert avec inquiétude, demandant sur quels biens alors sera placée la dotation du duché d'Hortense. Au retour, Eugène saisit l'occasion de l'entretenir de ses intérêts, et, écritil à sa femme, « l'empereur m'assura avec une grâce parfaite qu'il se chargeait de notre sort, qu'il espérait qu'il serait beau, quoique, dit-il, il ne le serait jamais autant que nous le méritions. »
Joséphine n'était venue à Saint-Leu que sur les instances de sa fille ; elle était triste, découragée. « L'empereur de Russie, disait-elle, est certainement rempli d'égards et d'attentions pour nous, mais tout cela, ce sont des paroles. Que décide-t-il pour mon fils, pour ma fille et ses enfants ? N'est-il pas dans la position de vouloir quelque chose pour eux îSavez-vous ce qui arrivera quand il sera parti ? On ne fera rien de ce qu'on lui promettra ; je verrai mes enfants malheureux ; je ne puis supporter cette idée, elle me fait un mal affreux. »
Certes, elle souffre pour eux, mais combien plus;