L'ORAISON FUNEBRE
funèbre : mais le Discours prononcé par M. l'Archevêque de Tours dans fég&se paroissiale de Ruelle* aux obsèques de S. M. l'impératrice Joséphine, le 2 juin 1814, a été pour contenter tout le monde. Les enfants de l'Impératrice en louent À Fenvi l'extrême convenance ; Je gouvernement ne trouve rien à y redire et comme M. de Barrai a presque osé faire allusion à Napoléon, on s'étonne du courage qu'il a montré. Voici pourtant comme il s'est exprimé : « Un homme parut alors sur la scène du monde avec tous les caractères de force et de grandeur qui permettaient de faire reposer sur lui de grandes espérances. Il promettait le retour de Tordre, il promettait le rétablissement des autels. Il ne disait pas qu'il s était réservé l'immortel honneur de ramener les Bourbons sur le trône de leurs ancêtres, mais, plus on observait ses premiers pas, plus on se croyait autorisé à l'espérer. Cet homme intéressa le cœur de Joséphine ; il sollicita sa main et l'obtint...
« Son époux reconnaissant des services qu'elle lui avait déjà renduts, la conduisit aux pieds des autels pour y recevoir la couronne impériale des mains vénérables du chef de l'Église ; jour mémorable où tous ceux qui assistèrent au couronnement de Joséphine purent lire dans les traits de son visage qu'elle ne marchait pas vers le trône, mais qu elle s'y laissait entraîner, espérant au fond de son cœur que sa dignité, iputile 4 elle-même, se le serait pas aux autres .»
C'est £ni 4e Napoléon, mais les services rendus aux royalistes tiennent une bien autre place : « Gom-
bien de malheureux, dit M. de Barrai, que leur fidélité i l'auguste sang de Bourbons condamnait à vivre éloignés de leur patrie, sont redevables à son opiniâtre et touchante intercession d'avoir été rendus à le ors familles, au sol qui les avait vus naître? Combieo ont vu s'ouvrir par ses soins, les portes des prisoo», que des imprudences et, le plus souvent, des préventions injustes avaient fermées sur eux ! Combien arrachés au glaive de la loi au moment où il était près de les atteindre 1
« Et que serait-ce si, après avoir rappelé les obstacles dont son infatigable bienveillance a triomphé, il m'était permis d'indiquer quelques-uns de ceux qu'elle n'a pu vaincre et qui ont d'autant plus affligé sou cœur que, ne les rencontrant pas toujours dans le caractère ou la situation de celui qu'elle intercédait, elle était vainement -descendue à la prière chez les instruments de sa puissance ! »
Cette allusion directe au duc d'Enghien eût pu terminer le discours : Une restait plus un mensonge à faire. Pourtant, M. de Barrai continue ; il s'étend sur les qualités mondaines de l'Impératrice, et il est impossible de méconnaître la finesse de cette remarque : « Sur le trône, Joséphine n'a pas cessé d'être une personne privée » ; puis, il passe à Eugène et à Hortense : à celle-ci, il évite de donner aucun titre : « L'objet le plus constant des pensées de Joséphine, dit-il, est aujourd'hui cette fille chérie, si cligne de l'être, si distinguée par le courage avec lequel elle a supporté ses propres malheurs et partagé ceux de sa