L'OPINION
mère »; mais à Eugène, il donne toutes ses qualités et en parlant de lui, il s'élève au lyrisme : « Brave et honorable prince I s'écrie-t-il, qu'il soit permis h un Français de dire une fois de vous, ce que disent si hautement les plus respectables étrangers. L'Italie et la France n'oublieront jamais, Prince, ni la sagesse et la force de votre administration, ni votre marche rapide et glorieuse jusqu'au Simmering, ni l'éclatante journée de Raab, ni votre lente et inconcevable retraite depuis la Wartha jusqu'à l'Elbe, ni votre générosité pour les vaincus, ni la fermeté avec laquelle vous sûtes maintenir la discipline, ni enfin cette dernière campagne si remarquable par des succès toujours inattendus, et par ce grand caractère de noblesse qui vous a déterminé à [défendre FItalie aussi longtemps que vous l'avez dû, comme à poser les armes au moment où de nouvelles circonstances nous ont imposé de nouveaux devoirs 1 »
Gela est d'un bon parent; mais il faut juger selon les temps, et ce qui démontre à quel point M. de Barrai s'est trouvé avoir exprimé l'opinion publique, c'est que tous les autres témoignages qu'on en rencontre, correspondent directement i quelque partie de son discours. Ainsi, le Journal des Débats en annonçant la mort de la mère du prince Eugène ajoute : « Quelques heures avant sa mort, elle se plaisait à compter sur les regrets des nombreuses familles qu'elle a eu le bonheur d'obliger et il a paru que cette espérance a de beaucoup adouci ses douleurs. » Ainsi, le ministre qui, par une correspondance quotidienne, renseigne
S7t JOSÉPHINE RÉPUDIÉE
Louis XVIII sur l'état des esprits, écrit : « H M de Beau harnais a excité généralement des regrets... Le public était instruit des combats qu'elle livrait pour arracher des victimes à Bonaparte et lui avait su gré d'avoir embrassé ses genoux pour sauver le duc d'Eoghien. Seule au milieu de ces Corses fastueux, elle parlait la langue des Français et devinait leur cœur. La bonne compagnie lui donna des regrets ; le peuple qui ne veut pas permettre aux personnages un peu fameux de mourir de leur mort naturelle, veut qu'elle ait été empoisonnée. » Et c'est le texte repris dans ces canards qui, selon l'usage couru depuis deux mois, neigent chaque matin sur Paris, feuilles i deux sols dont les titres, criés par les camelots, portent aux profondeurs des maisons les insultes contre le tyran tombé et qui, le 30 mai, annoncent : la Vie et la mort de feue ï Impératrice Joséphine, première femme de Napoléon Bonaparte; le Testament de l 'impératrice Joséphine trouvé ce matin dans son château de Malmaison ; les Anecdotes curieuses et inédites sur la vie de l impératrice Joséphine ; le Précis historique sur la vie et la mort de ^impératrice Joséphine. Mais, dans ces pamphlets populaires, au moins autant que des émigrés et du duc d'Enghien, il est parlé d'Eugène : « France 1 France ! C'est au lit de la mort que Joséphine t'en supplie, estime et chéris son Hortense, son Eugène; quoiqu'ils fussent étrangers à la cause de tes rois légitimes, ils sont tous deux dignes de la France et de toi ! » Et c'est, à des milliers d'exemplaires, une romance : Le prince Eugène au tombent