L'ALLIANCE RUSSE
esprit et de son attachement pour son 61s. » Caulaincoort ira bien plus loin. Qu'il ignore en réalité ou qu'il veuille ignorer, que son aveuglement soit involontaire ou réfléchi, qu'il trouve seulement un intérêt à flatter les projets de l'Empereur, ou qu'il ait pris des engagements avec le gouvernement russe comme il en a pris avec Alexandre, peu importe le mobile : consciemment ou non, il aggravera la situation en fournissant des données entièrement inexactes sur les intentions de 1 Impératrice mère et de la Grande-Duchesse. Où il y a une haine irréconciliable, un mépris qui ne se contient pas, la volonté affirmée d'abaisser l'ennemi des rois, de le détruire et d'abolir son œuvre, il verra et rapportera des gentillesses et des avances, des désirs d'union, des velléités de mariage, que dire; presque de l'amour !
Et c'est là-dessus que vit Napoléon.
S'il pouvait savoir de quel ton Tolstoï, l'ambassadeur russe à Paris, a dit sa stupeur au premier bruit de ce projet de mariage (octobre 1807). Et qui le lui a appris ? « La reine de Wesphalie, née princesse de Wurtemberg, qui n'oublie pas encore ce qu'elle doit à ses augustes parents. » Elle a usé du prince de Mecklembourg-Schwerin ce en recommandant la plus grande discrétion, car, si on venait à découvrir que Tolstoï en a été informé, on se douterait aisément que c'est par elle, ce qui entraînerait fatalement sa perte ». Et cette chose « extravagante » que Tolstoï n'a d'abord envisagée que comme un « tripotage » imaginé par le prince de Mecklembourg pour se faire valoir, qu'il
oe rapporte que parce que le bruit en est à présent répanda dans toute la ville, produit à la cour impériale une pareille impression de stupeur. « Je serais le plus heureux des hommes, écrit le ministre des Affaires ^étrangères, Roumiantzoff, si je pouvais épargner à la plus tendre comme à la plus auguste des mères les inquiétudes où ces bruits l'ont jetée. » (Mars 1808.) - Tolstoï n'a pas besoin qu'on le pousse ou qu'on l'excite. Comme les ministres, il ignore quels peuvent être les desseins secrets d'Alexandre, mais il partage toutes les opinions de l'impératrice Marie et c'est à •elle, bien plus qu'à son empereur qu'il asouci déplaire. Qu'il convienne à Alexandre de se dire l'ami et l'allié de Napoléon, c'est affaire à lui, mais c'est affaire à Tolstoï d'enregistrer les nouvelles défavorables, de présenter sous le jour le moins discret les fissures qui se produisent dans l'édifice napoléonien, de susciter les malentendus par qui s'aigrira cette encombrante amitié et, par des critiques ou des apologies, par des craintes on des regrets, de préparer le retour à la politique que l'oligarchie russe avait imposée à son chef depuis l'exécution de Paul I er .
Si les Russes paraissent craindre qu'Alexandre, dans sa correspondance particulière avec Napoléon, ne se soit laissé surprendre un engagement, ils sont bien décidés à lutter jusqu'au bout, à ne pas souffrir ce sacrilège : une grande-duchesse de Russie livrée à Napoléon. Et Napoléon, qui, de la part d'Alexandre, n'a pas reçu la moindre assurance, n'en demeure pas moins dans la conviction que c'est là une affaire en-