‹ Joséphine répudiéeChapitre 15 sur 165 · HÉSITATIONS ET RETOUR «I · texte numérisé non relu

HÉSITATIONS ET RETOUR «I

tendue, que si l'empereur de Russie a quelque scrupule, illui sera aisé, avec le pouvoir qu'il s attribue sur son esprit, d'en avoir raison dans une entrevue dont it s'agit seulement de déterminer l'époque. Aussi veutil terminer ce qui touche Joséphine.

Au commencement de mars, un jour qu'il doit y avoir grand cercle aux Tuileries, il voit Talleyrand, lui annonce ia décision prise et en tels termes que, quelquesinstants après, Talleyrand, rencontrant Rémusat, lui parle du divorce comme d'une chose faite, à laquelle il n'y a plus à apporter une résistance inutile. Au dîner, tète à tète avec l'Impératrice, trislesse et silence. Joséphine va s'habiller pour le cercle, attend ensuite qu'on l'avertisse que l'Empereur est prêt. Au contraire, on vient lui dire qu'il est malade ; elle monte ; le trouve « souffrant de crises d'estomac violentes et dans un état de nerfs agité . En la voyant, il ne peut retenir ses larmes », il l'attire sur son lit, la presse dans ses bras. « Ma pauvre Joséphine, dit-il, je ne pourrai point te quitter. » Elle, qui ne s'attendait pas : « Sire, calmez-vous, sachez ce que vous voulez et finissons de telles scènes. » Il est trop souffrant pour paraître ; il fait congédier le cercle ; il retient sa femme, il la veut près de lui ; il ne peut se séparer d'elle, et c'est une nuit de larmes, de tendresse, d'agitation, où tous les nerfs en action ne se détendent que par l'excès de la volupté !

Ainsi ne parvient-il pas à se retirer de cette femme que, physiquement, il aime encore, dont il convoite les pensées au point de rester jaloux, de s'inquiéter si

elle parait s'occuper du jeune Mecklembourg et d'en faire des scènes ; il craint, s'il la quitte, le tiouble dans sa vie intérieure, le changement de ses habitudes, l'obligation d'être galant, attentif, empressé près d'une princesse jeune, altière, habituée aux hommages; il craint l'étrangère venant à Paris, ne connaissant rien de la Société ni de la Cour, incapable de s'y intéresser et même de s'en instruire; il craint les salons qui jaseront de lui, la ville qui le chansonnera, le peuple et l'armée auxquels il a présenté Joséphine comme la protectrice des petits et des pauvres, l'Impératrice bienfaisante, et qui ne comprendront pas qu'il l'abandonne. Surtout il l'aime : « Si j'avais le malheur de la perdre, a-t-il dit à Champigny, la raison d'État pourrait me forcer à me remarier ; mais alors j 'épouserais un ventre : elle, seule aura été la compagne de ma vie. » Et c'est pourquoi, aux -heures où il a paru le plus décidé, il n'a pu matériellement encore se détacher d'elle et, à ces combats que se livrent ensemble sa politique et sa passion, l'on peut juger si celle-ci est puissante puisque, trois années durant, elle tient celle-là en échec.

Joséphine, elle, n'éprouve point de ces sentiments. Ferme en la position qu'elle a prise, nullement gênée par un amour dès longtemps oublié, elle défend seulement sa position; « elle ne se fie point à ces scènes pathétiques ; elle prétend que Bonaparte passe trop vite de ces protestations tendres & des querelles pour des galanteries qu'il lui suppose ou à d'autres plaintes; qu'il veut la fatiguer, la rendre

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