SENTIMENTS DE JOSÉPHINE
malade, peut-être pis même, car son imagination aborde touL Ou bien, elle croit qu'il s'efforce de la dégoûter de lui en la tourmentant sans cesse. » Elle est, diverses fois, assez incommodée, et alors, elle pense au poison, accuse presque l'Empereur : « Si j arrive à trop le gêner, dit-elle, qui sait ce dont il est capable et s'il résisterait au besoin de se défaire de moi ? » Pour elle-même, pour sa tranquillité, telle que l'envisagent Horlense et Eugène, elle souhaiterait peut-être en avoir uni, avoir eu le courage de prendre une résolution, mais une femme ne quitte pas un trône comme un amant : si l'un se retrouve, l'autre non. Pour excédée qu'elle se prétend — et qu'elle est — elle ne lâche point sa part. Volontairement, spontanément, elle n'abdiquera point ; elle ne se soumettra que si elle voit clairement l'impossibilité de la lutte. Encore met-elle des armes en réserve dont elle tentera de se servir, comme une maîtresse quittée de vieilles lettres d'amour. Avec l'Empereur, elle conserve l'attitude ponctuelle, l'exactitude empressée, la douceur de formes qui, comme il dit, c répandent un agrément infini sur sa vie intime ». Avec une soumission entière, qui n'a pas besoin d'être requise et qui ne laisse jamais deviner la contrariété, elle conforme son existence aux occupations, aux plaisirs, aux caprices du maître. Elle joue s'il lui plaît de jouer ; elle subit ses enfantillages et ses brusques joies ; dans les brutalités subites de ses gaîtés d'écolier, elle ne se plaint même pas et ravale ses larmes. A Bayonne, elle fait les honneurs de la captivité aux
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princes d'Espagne^ au. retour, elle passe les nuits à voyager, les journées à recevoir les' peuples, à les séduire, à en faire la conquête. Elle est adroite, elle parie, à propos et ne dit rien qu'il ne faille dire. Dans cette course à travers le midi, où c'est un supplice de chaleur et de fatigue, elle a constamment aux lèvres, même lorsqu'elle est tenaillée par la migraine, un sourire de bienveillance et d'accueil, si bien étudié qu'il ne semble pas appris. C'est un triomphe pour elle que chaque réception, non qu'elle étonne, surprenne, éblouisse et fatigue comme l'Empereur, mais elle flatte les vanités, séduit les orgueils et charme les résistances. Ainsi, bien mieux que par des scènes et des sanglots, se rend-elle agréable et nécessaire et écarterait-elle le calice, s'il pouvait être écarté.
Mais Fouché veille, il poursuit son travail et pour l'avancer, il profite, cette fois encore, de l'absence prolongée de l'Empereur. Il n'hésite pas à sonder directement l'Ambassadeur russe, même à le tenter d'argent : « Il ne dépend que de vous de faire fortune, lui dit-il, si vous voulez jouer dans les fonds. Je sais une nouvelle qui, répandue par vous, les ferait hausser de dix pour cent, » et, comme Tolstoï ne témoigne aucune curiosité de savoir quelle peut être cette nouvelle, il dit que c'est celle du mariage qui a déjà tant couru Paris» Tolstoï s'inquiète, se demande si, à côté de la politique qu'il fait à Paris, il n'en est pas une autre que son maître suit directement, il en avertit le ministre des Affaires étrangères, er