‹ Joséphine répudiéeChapitre 153 sur 165 · NAPOLÉON A MALMAISON · texte numérisé non relu

NAPOLÉON A MALMAISON

successives histoires, mais Napoléon voit seulement une mente rie là où tout est mensonge, il ne s'y arrête pas et passe. N'a-t-il pas raison ? Bntre deux êtres de sexes différent qui habitent ensemble, il est un point où la sincérité s'arrête sous peine qu'ils vivent à la façon des bêtes. Ce s'est donc ici qu'une question de mesure et Joséphine la donne si large que son mari est parfaitement heureux : il est convaincu qu'elle n'a aimé que lui ; il la présente comme le modèle de l'épouse attentive, affectueuse et dévouée, et, s'il la déclare prodigue, comme elle a du goût ! comme elle a de la grâce ! comme elle sait se mettre ! comme elle aime les arts I comme elle excelle à tout ce qu'elle entreprend et comme elle se rend pour lui la femme sans pareille !

Bien mieux, par un suprême mensonge — posthume celui-là — où, par bonne éducation, par désir déplaire et par esprit courtisan, se trouvent entraînés ceux qui ont assisté aux derniers moments de Joséphine, Napo léon est convaincu qu'elle est morte de son amour pour lui, morte des désastres de la France et de l'Empire, morte du chagrin de n'avoir pu le suivre à l'île d'Elbe et lui rendre, dans cette sorte de captivité, les soins délicats de sa tendresse.

Le 20 mars 1815, il est rentré aux Tuileries. Il y a trouvé Hortensequi a repris, pour l'occasion, le deuil de sa mère. 11 l'embrasse assez froidement ; encore ne mesure- t-il pas l'accueil aux griefs qu'il a et n'entret-il pas en explications. Mais, à Gorvisart qui vient le lendemain , il dit d'un ton de reproche : « Vous avez ao ne

laissé mourir ma pauvre Joséphine l » II fait appeler Horeau, l'interroge : « De quoi est-elle morte? — Sire, l'inquiétude... le chagrin... — Vous croyez?» dit-il; et il questionne sur le temps qu'a duré la maladie, les symptômes, les phases, si elle s'est vue mourir; ensuite, il revient à ce mot qui Ta frappé : « Du chagrin., quel chagrin? — Sire, dit Horeau, de ce qui se passait, de la position de Votre Majesté. — Ah ! elle parlait de moi donc ? — Souvent... Très sou* vent... — Bonne femme ! Bonne Joséphine ! Elle m'aimait vraiment », et, très ému, il veut tout savoir, comment cela a pris, les soins qu'on a donnés, les personnes qui étaient là et il se trouve si touché des soins qu'Alexandre a pris d'elle qu'il y trouve une marque d'égards envers lui, un souvenir de l'ancienne amitié, la façon d'être d'un gentilhomme.

Quelques jours plus tard, il s'invite à déjeuner à Malmaison. Il vient, il se promène, il revoit toutes choses; un longtemps, il s'arrête seul dans la chambre où elle est morte et, lorsqu'il en sort, ses yeux sont gros des larmes versées.

Le 24 juin, après la défaite que la trahison change en désastre, chassé de l'Elysée, chassé de Paris, découronné, non plus cette fois par l'Europe entière coalisée, mais par une poignée de factieux parlementaires, c'est à Malmaison qu'il se réfugie en attendant qu'on ait décidé de lui ; et, durant ces cinq jours où il subit toutes les rages de son impuissance, où il mendie vainement de sauver la France et l'honneur de ses armes* il erre, dans le château et dans le parc, comme

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