FOUCHÉ PERSISTE
devient de plus en plus aigre contre la France. Depuis longtemps il réclamait son rappel ; à présent, il l'exige presque.
- Ce n'est point la seule tentative de Fouché, mais, après celle-là, que ne peut-il oser? Le bruit du divorce est si bien accrédité partout que, s'il ne s'accomplit pas, tout le monde dira que, dans ses demandes, l'Empereur a subi un échec. Aussi Napoléon se courrouce-t-il bien plus encore qu'à Venise, et il écrit à Carabacérès (17 juin) : « Mon cousin, on m'apprend qu'on tient chez Fouché les propos les plus extravagants. Depuis les bruits sur le divorce, on dit qu'on en parle toujours dans son salon, quoique je lui aie fait connaître dix fois mon opinion sur ce sujet. Le résultat de tout cela est de déconsidérer le souverain et de jeter du vague dans les esprits. Prenez des informations, et si cela est, parlez-en à Fouché, et dites-lui qu'il est temps qu'on finisse de s'occuper de cette matière-là et qu'on est scandalisé de la suite qu'il y met. Est-il étonnant après cela, que des hommes comme Florent-Guyot, Jacquemont et autres, sur ces hypothèses, commencent à tramer des complots? Ce n'est pas que j'aie le moindre doute sur la Gdélité de Fouché, mats je redoute la légèreté de sa tète qui, en propageant ces idées, en fait naître d'autres et des projets que, ensuite, par métier, il est obligé de réprimer. »
Fouché, doue, est averti par Cambacérès, mais est-ce une raison pour qu'il s'arrête? Non seulement il continue à propager la nouvelle, mais il s'en fait
faire des rapports qu'il adresse directement à l'Empereur. Alors, le 13 juillet, Napoléon lui écrit : ce Je ne conçois plus rien à votre tête. Est-ce qu'il fait trop chaud cette année à Paris ? Je mande à l'Archichancelier de m'expiiquer tous ces logogriphes. Tout ce que j'en vois est bien pitoyable : C'est encore pis que les scènes de l'automne passé. Soyez donc ministre de la Police : réprimez les brouillons et ne le soyez pas. Tranquillisez l'opinion au lieu d'y jeter des brandons de discorde. Soyez le supérieur et non le rival de vos subordonnés. En deux mots, ne me donnez pas, à vous seul, autant d'occupation que toute la police de l'Empire..» »
Mais, ces bruits, n'est-ce pas Napoléon lui-même qui, en des cas, contribue le plus à les accréditer? Son esprit, au moment même où va avoir lieu enfin l'entrevue décisive avec Alexandre, est-il obsédé par cette idée au point qu'il ne puisse s'en taire? A son passage à Bordeaux (1 er août), lors de la réception du clergé, il engage, sur le divorce, une sorte de discussion dogmatique et, comme les théologiens présents lui répondent par le texte de l'Evangile : que Phomme ne sépare pas ce que Dieu a uni : « C'est bon dans des cas ordinaires delà vie, réplique-t-il, mais, lorsque des causes majeures interviennent, lorsque le bien de l'Etat l'exige... » et, comme les prêtres ne se rendent pas aux arguments qu'il tire de Pologne et de Hongrie, il se fâche, les congédie brusquement, se vantant toutefois ensuite « de les avoir mis dans le sac »•
Comment aurait-il mieux annoncé la séparation