‹ Joséphine répudiéeChapitre 20 sur 165 · LA CONSPIRATION DE 1803 5S · texte numérisé non relu

LA CONSPIRATION DE 1803 5S

jours, les fiançailles seront officielles. Restera, il est vrai, la grande-duchesse Anne, mais elle a quatorze ans, et le prétexte de l'âge est tout trouvé. Gagner du temps, c'est gagner tout.

« Si Votre Majesté se trompait de voiture ! » dit Talleyrand en a parte à Alexandre au moment où les deux empereurs se séparent : cinq ans plus tard, par les soins de Talleyrand, Alexandre trouvera son lit fait à l'hôtel de l'Infantado.

Au retour d'Erfurt, Napoléon, tout entier aux affaires d'Espagne, ajourne jusqu'à la conquête, tout au moins jusqu'à une grande victoire remportée par les Anglais, la question du divorce qu'il n'a pas le temps matériel de pousser à fond. Il part, et alors se produit, en vue de parer à un accident et d'en profiter, l'étrange réconciliation de Fouché avec Talleyrand, Joséphine est-elle mêlée de cette intrigue ? A coup sûr, M"* de Rémusat. Fouché a compris qu'il ne s'agissait plus d'affermir la dynastie, alors que celui qui la portait encore en puissance allait affronter des dangers, non plus même collectifs et communs à toute l'armée comme dans d'autres guerres, mais personnels et uniques ; que, contre une estafilade à la Navarraise ou à la Catalane, qui tuent également leur homme, il fallait prendre ses garanties en groupant quelques bons esprits et, bien qu'il n'aimât pas Talleyrand, Talleyrand avait sa valeur. Après Camba-

cérèg, avec qui il n'y avait pas à s'entendre pour le moment, le prince de Bénévent, le seul grand dignitaire présent à Paris, pouvait prendre légalement des initiatives que Fouché prévoyait nécessaires. Grand chambellan, il était à même de renseigner mieux que tout autre. De plus, chacun amenait son parti, et Talleyrand, l'Impératrice. Au moins, si, à celle-ci, il ne confiait rien des projets formés et qu'il ne l'y introduisit pas, n'en pouvait-il faire un instrument qu'il dirigerait à sa guise ? 11 est remarquable que, durant cette absence de l'Empereur, à ce moment où Fouché et Talleyrand se réconcilient, pour la première fois, Joséphine sort de ce silence qu'elle a gardé toujours sur les affaires de l'Etat ; en réponse à une adresse du Corps législatif, elle prononce une sorte de discours politique — et tel que Napoléon en prend l'éveil et juge à propos d'en démentir et d'en désavouer, dans le Moniteur, le terme essentiel. Surveillant, comme elle fait, tous ses mots, habituée à jeter la banalité de ses remerciments dans les moules que Napoléon lui a préparés, connaissant les défiances dont il est susceptible, Joséphine a-t-elle vraiment, de son chef, laissé échapper l'hérésie constitutionnelle qui lui vaudra une si sévère leçon ? N'est-ce pas qu'elle lui a été suggérée et que quelque affidéfe de Talleyrand s'est trouvée exprès pour la souffler ?

Rien n'est indifférent ici et si, au retour d'Espagne où il a trompé les espérances — ou les craintes — Je ses ministres, l'Empereur traite comme il fait le Vice-grand-électeur, c'est qu'il a surpris une partie

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