RÉFLEXIONS A VIENNE
et un homme. Talleyrand est de l'affaire : un homme à lui, Montrond, est à Anvers, chez le préfet, d'Ar* genson et correspond avec les Anglais. Le général Sarrazin, F ancien secrétaire général de Bernadotte à la Guerre, vient de quitter Cadzand où il a tout préparé pour la trahison. Louis, au dire des Hollandais même, est suspect : son général, Bruce, a livré le fort de Batz sans brûler une cartouche. A ce qui se passe & Paris et à Walcheren, faut-il relier ce qui s'est passé en Portugal^ la conjuration dans l'armée de Soult où Ton a pris — et lâché — Argentou, mais où les généraux Loison, Delaborde, Merle, Quesnel, les colonels Méjan, Laffitte, Girardin, Donadieu ont été plus ou moins compromis ? Ce qu' Argentou demande d'abord à Wellington, c'est trois passeports au nom de trois officiers, pour communiquer en France aux généraux et à d'autres mécontents de l'ordre de choses
les mesures que les officiers du corps de Soult ont en vue? »
S'il n'aperçoit pas le détail, au moins voit-il l'Archichancelier dupé par Fouché, Clarke ne lui refusant rien, l'Intérieur et la Police réunis presque à la Guerre aux mains du même homme et, dressé pour la succession, prêt à la saisir, Bernadotte, l'ennemi d'hier, de demain, de toujours, celui-là dont, après chaque bataille, il se demande si ce n'est point un traître 1
Il faut donc qu'il divorce.
Ainsi seulement, mettra-t-il fin aux incertitudes d'avenir; ainsi, assurera-t-il l'hérédité par la présence réelle d'un héritier; ainsi, terminera-t-il les intrigues :
ainâi 9 par la vertu du principe monarchique auquel il croit fermement depuis qu'il le pratique pour luimême, se rendra-t-il tranquille sur les destinées de l'Empire en laissant à Paris, an cas qu'il soit contraint le s'en éloigner pour de nouvelles guerres, une vivante représentation de lui-même.
Joséphine condamnée par la politique, Test plus encore par l'absence. Une autre femme a pris sa place : une femme qu'on peut dire de l'espèce dont elle est : aussi soumise aux caprices du maître, aussi tendre, aussi douée, une sorte d'épouse morganatique qui n'a nul des défauts de la légitime : point de dettes, ni de folles dépenses, point de jalousies subîtes, point d'entourage qui intrigue. Depuis la mi-avril, Napoléon est séparé de l'Impératrice et Ton est à la fin d'octobre. Les liens d'habitude si puissants sur son esprit et sur son coeur, si résistants encore Tannée précédente, se sont distendus et Joséphine ne tente plus rien pour les resserrer. Soit qu'elle se sache condamnée ou qu'elle se sente trop lasse pour continuer la lutte, elle s'abandonne. Elle ne réclame plus sa place et son droit comme elle a lait aux précédentes campagnes. Elle ne demande plus à rejoindre l'Empereur, elle ne sollicite plus de venir à Vienne ; elle reste à Strasbourg, se terre à Plombières, retourne à Malmaiaon, déjà comme déchue, évitant Paris où elle ne recevrait plus, semble- 1- il, à ion entrée, le salut du canon et les hommages des autorités. Quelle différence de ce retour à celui de 1807 ! Ses lettres à l'Empereur sont froides