FONTAINEBLEAU
et courtes ; les réponses qu'elle reçoit ai sèches et si brèves que, pas une fois, il ne s'y glisse un mot d'af* fection, même d'amabilité ou de complaisance. À la fin, la banalité d'un a Tout à toi » machinal. D'ailleurs, ces billets s'espacent. L'esprit est ailleurs ; le cœur est autrement occupé.
Joséphine, de son côté, ne semble plus porter, en la fortune impériale, la pleine confiance de jadis. Le doute s'est glissé chez elle et l'inquiétude. Elle en perd son habituelle réserve, et, à Strasbourg, sur la nouvelle d'Essling, se compromet presque en paroles avec Ifetternicb, accuse la défaite, annonce la paix nécessaire. Sa déchéance prochaine semble l'éclairer sur les faiblesses du régime et sur son instabilité» Elle se retire de plus en plus, ne commande plus de service d'honneur, s'entoure plutôt de ses amis que des gens de sa maison ; elle n'agirait pas autrement si, avertie, elle. entendait préparer sa retraite.
De eette vie de dame de château, non plus de souveraine qu elle a menée à Plombières et à Malmaison. il faut qu'elle sorte pour venir à Fontainebleau essuyer les suprêmes orages.
Là, quoi qu'on pense d'elle, il faut la pla ndre. A ces portée fermées, condamnées, qui de son appar tement menaient à celui de l'Empereur ; au silence glacial que Napoléon garde avec elle, aux tiers qu'il introduit dans son intérieur, de façon que lui et elle
ne se trouvent jamais têle à tète ; aux réticences des courtisans, à l'abandon surtout où ils la laissent, elle devine l'arrêt. À présent, à peine si Ton fait attention à elle, à peine si on la sollicite, à peine si les chambellans et les dames du Palais se donnent l'air de faire leur service. À quoi bon ? Pendant que, debout, elle tient cercle, on s'assied, on rit, on cause enlre soi. Alors, rentrée chez elle, elle pleure, elle écrit lettre sur lettre à Eugène; elle se confie à qui vient la voir ; tout lui est bon pour obtenir des renseignements et diminuer ses inquiétudes. Et, à chaque fois, ses craintes augmentent, sans que, pourtant, elle se décide à prendre son parti et à prévenir, par dignité, le sort inévitable qu'on lui réserve.
Le divorce est devenu Tunique question, au point qu'à peine si l'on parle de Walcheren ; Fouché se tire d'affaire par des protestations et Talleyrand, à son ordinaire, par une pantalonnade : « Si j'avais été tué qu'auriez-vous fait? lui demande l'Empereur. — Ce que nous aurions fait, ma foi, nous aurions fait caca dans nos culottes ! » Pas un mot ni de Bernadolte, ni de M me de Rémusat, ni de la princesse de Yaudemont. Amnistie pour le passé. C'est Fouché qui l'emporte et à présent, Fouché et Talleyrand sont d'accord.
Jusque-là, Napoléon a paru subordonner l'accomplissement du divorce à la célébration immédiate d'un nouveau mariage ; à présent, les événements le pressent au point qu'il n'attend plus d'avoir obtenu une sûreté à cet égard. Il divorcera d'abord et. de