‹ Joséphine répudiéeChapitre 25 sur 165 · L'ARRIVEE D'EUGENE · texte numérisé non relu

L'ARRIVEE D'EUGENE

qui passe, le nom, les dignités, la généalogie et la descendance» que sa grâce demeure éveillée, sa démarche souveraine, son geste coquet, son ton à la fois imposant et charmeur. Chaque jour, des réceptions, chaque soir, des fêtes. Au lendemain de ce 30 novembre, fête à Malmaison pour des rois d'Allemagne; deux jours après, Te Deum pour la paix» ouverture du Corps législatif, banquet impérial aux Tuileries; le jour en suite, grande revue, banquet et bal à l'Hôtel de Ville, cantates, danses, quinze cents personnes de trop et souper de cinq cents couverts; après, fête à Grosbois, chez Berthier. Le 7, encore, spectacle à la Cour; mais, ce soir-là, elle ne paraît point — elle succombe, elle est terrassée par la mi» graine.

C'est que, jusque-là, elle a été soutenue par une aorte d'espoir, par l'absurde conviction que, quoi qu'on en dît, cela ne s'accomplirait pas. Tant qu'Eugène ne sera pas arrivé, tant qu'elle ne l'aura pas vu, tant quelle n'aura pas, de sa bouche, reçu l'affirmation que tout est fini, elle imagine que, cette fois encore, l'intervention, la seule présence de son fils, la sauvera, qu'il trouvera un moyen, qu'elle ignore, d'arranger les choses. Eugène est pour elle une sorte de tuteur qui, doucement, affectueusement, liai donne de sages avis et qui, sans s'indigner qu'elle ne les ait pas suivis, s'efforce de réparer le mal qu'il n'a pu pré-

venir. Il traite sa mère un peu *en enfant gâté à qui

l'on passe des caprices, mais sa tendresse pour elle est si vive qu'elle demeure respectueuse, même lors-

qu'elle se permet des critiques et presque des remon* trances. D'Egypte — à dix-sept ans qu'il avait — il

veillait sur elle. Déjà, il ne pouvait guère conserver d'illusions, mais à force d'amour filial, il voilait les fautes qu'il était obligé de connaître. Au retour, il Ta sauvée d'un scandaleux renvoi; depuis lors, trois fois au moins, il a écarté le péril du divorce en s'interposant résolument, avec sa franchise et sa loyauté de soldat : convaincu pourtant que, quelque jour, il faudrait que sa mère se retirât, il a envisagé les moyens de lui foire trouver, dans la retraite, une existence honorable, accompagnée des joies familiales dont elle se plaignait toujours d'être privée. De fait, il la connaît fort mal, mais c'est d'un fils.

Cette fois, il ne faut pas qu'elle compte sur lui pour un raccommodement impossible. Il sait, depuis plusieurs mois, que l'Empereur est déterminé à chercher une nouvelle union. Par sa mère, par sa sœur, par Laval* lette, par Duroc, il a été instruit de ce qui s'est passé à Fontainebleau. S'il n'est pas fixé sur l'époque prépise du dénouement, il le sait imminent. À son départ de Milan, il n'a pas dit à la Vice-reine pour quels motifs il se sentait appelé à Paris, mais nul doute qu'il ne les connût. D'ailleurs sa sœur, venue audevant de lui à Nemours, le met au courant de tout. Le 5, il arrive à Paris, il voit l'Empereur qui lui expose la situation, la nécessité de donner un héritier naturel à l'Empire. Eugène n'objecte rien, mais, comme a fait Hortense, il annonce qu'il suivra sa mère dans la retraite. Il le dit, l'affirme et l'Empe-

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