‹ Joséphine répudiéeChapitre 26 sur 165 · DERNIÈRE EXPLICATION · texte numérisé non relu

DERNIÈRE EXPLICATION

leur, de nouveau, s'émeut à l'idée de perdre tout de cette famille qu'il a adoptée. Il ne s'agit, répondit-il, ni de retraite, ni de disgrâce : tout au contraire. Un tel sacrifice aux destinées de l'Empire honore plus encore Joséphine et ses enfants. 11 prétend, par des témoignages qui ne puissent être contestés, affirmer sa gratitude et celle de la nation. Il donnera à Eugène un apanage princier en Italie; il érigera pour lui une principauté de Raab avec une magnifique dotation, l'égalant ainsi, pour la gloire des armes, à ses lieutenants les plus illustres — Hasséna, Berthier et Davout. H assurera l'avenir d'Hortense et la séparera d'un mari avec qui elle ne peut vivre. Quant à Joséphine, non seulement il ne veut pas qu'elle parte, mais il entend que les liens d'affection et de tendresse qu'il a, depuis quinze ans, formés avec elle ne soient pas rompus : elle cesse d'être une épouse, mais elle reste une amie, la première et la seule ; elle cesse de régner, mais elle reste impératrice, et l'on peut s'en rapporter à lui pour l'établissement qu'il lui prépare. C'est ainsi qu'il pense et, parlant comme il fait, il n'exagère rien.

Cette scène qui se prolonge dans le salon de Joséphine, scène d'attendrissement où, dans l'émotion, les mots alors dépassent la mesure, n'est pas encore décisive. Eugène demande à l'Empereur « de permettre que l'Impératrice ait une explication positive et loyale avec lui, en sa présence ». Elle a lieu le 7, dans la matinée. Napoléon affirme de nouveau sa résolution. « Joséphine répond que le bonheur de la France lui

est trop cher pour qu'elle ne se fasse pas un devoir de 8*y prêter. » Puis, comme elle veut insister pour que l'Empereur assure rétablissement de son fils en lui transmettant la couronne d'Italie, Eugène l'interrompt, repoussant hautement tout ce qui pourrait donner au sacrifice de sa mère l'apparence d'un marché.

. Dans ces conditions, la scène reste haute et digne, sans larmes inutiles, sans cris, sans attaques de nerfs. Joséphine y prend un caractère qui n'est pas de sa nature et qu'elle revêt d'emprunt, grâce à son fils. Mais, comme elle a souffert ! et le soir, comment soutiendrait-elle la Cour, le spectacle et le cercle ? C'est donc devant l'Empereur que les femmes viennent faire leur révérence, c'est l'Empereur qui tient le cercle et c'est lui qui préside la table du souper.

Trois jours après, la nouvelle est comme officielle. En recevant, le 10, la députation du Corps législatif, l'Empereur n'a-t-il pas dit : « Moi et ma famille noua saurons toujours sacrifier même nos plus chères affecr tions au bonheur de cette grande nation ? » Pourtant, le 11, Joséphine paraît encore à Grosbois, à la nouvelle fête qu'offre Berthier à l'Empereur, aux rois de Saxe, de Wurtemberg, de Bavière et de Westphalie, aui ieines d'Espagne, de Hollande, de Naples, au viceroi d'Italie, à tous les princes de l'Empire. Elle arrive tard, quand la chasse est commencée. Berthier a .laissé pour l'attendre un simple aide de camp. Elle s'appuie pour rejoindre les chasseurs sur le bras du colonel qu'elle connaît à peine et» sur un mot qu'il

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lui dit, « ses yeux se remplissent de larmes, elle loi presse le bras et la main et lai répète plusieurs fois, de la manière la plus expressive : « N'est-ce pas que tous ne m'oublierez pas?... Quelque chose qui m 'arrive... n'est-ce pas? » Et c'est presque d'un inconnu que l'Impératrice mendie ainsi la bienveillance.

Sa venue semble attrister la fête. Après la chasse, on dîne; puis, on a la Comédie-Française et les Variétés : Fleury et Mars, Potier et Brunet. On ne s'y déride pas : tout au contraire. Cadet Roussel professeur de déclamation, que Berthier a eu la sottise de laisser choisir aux acteurs, semble une des pièces que Fouché a suggérées pour pousser au divorce : tout y paraît allusion et d'une grossièreté qui étonne. Napoléon en redouble d'attentions pour Joséphine, parle longuement avec Hortense, marque des bontés à Eugène.

Encore une fois, semble-t-il, le 14, elle parait et fait les honneurs de la Cour. Il y a grand cercle et souper; elle y préside et l'on est « frappé de la parfaite convenance de son maintien en présence de tout ce monde qui l'entoure et qui ne peut ignorer que c'est pour la dernière fois; que, dans une heure, elle descendra du trône et quittera le palais pour n'y jamais rentrer ».

Déjà, en effet, sont écrites et pliées les lettres que le Grand chambellan adressera, à la première heure, à tous les grands officiers de la Couronne et de l'Empire et à la plupart des personnages de la Cour : « J'ai l'honneur de prévenir Votre Excellence que l'Empe-

reur désire qu'elle se rende aujourd'hui à neuf heures du soir, au Palais des Tuileries, dans la salle du Trône. »

En sa banalité officielle, telle pour un bal, une mort ou une naissance, c'est ici l'annonce de la scène anale.

L'ACCOMPLISSEMENT DU DIVOROfc

Décembre 1809.

Pour une situation qui ne s'est pas encore présentée dans l'histoire, il faut approprier une procédure; elle n'est point facile à établir, car il faut que, tout ensemble, elle s'adapte aux formes légales et constitutionnelles, qu'elle sauvegarde les convenances, grandisse l'Impératrice en dignité et s'accommode aux intérêts de l'Empereur. Nul précédent, car les treize souverains français qui ont ce fait dissoudre les liens qui les unissaient à leurs épouses » et qu'on invoque en exemples, n'ont eu qu'à se pourvoir devant l'autorité ecclésiastique pour obtenir — avec une facilité plus ou moins grande suivant les temps — la dissolution, ou plutôt l'annulation de leur mariage. Les souveraines répudiées ont, la plupart, été enfermées en quelque cloître, ou, au mieux, exilées en un château lointain, espèce de prison. La position respective de Napoléon et de Joséphine est donc unique et vainement, par une fiction romanesque, cherchera- 1- on à

créer un rapprochement avec un prétendu Episode de la vie de Charlemagne ; il faut en tout innover et c'est là, sans contredit, l'occasion où il faut montrei le plus d'ingéniosité et de tact.

Sous le régime qu'a établi la Révolution en matière de mariages, l'acte civil compte seul au regard de la loi et il ne peut être dissous que par la mort d'une des parties ou par le divorce. C'est par un acte civil, dont ils ne peuvent invoquer la nullité, que Napoléon et Joséphine sont liés l'un à l'autre. Légalement, ils n'ont donc, pour le rompre, qu'un moyen : le divorce; mais le divorce ne correspond ni à leur situation légale, ni à leur situation morale.

Selon le Code Napoléon, le divorce est prononcé : pour cause d'adultère de la femme ; pour cause d'adultère du mari, lorsque le mari a tenu sa concubine dans la maison commune; pour excès, sévices où injures graves ; à la suite d'une condamnation infamante; enfin, par le consentement mutuel et persévérant des époux, exprimé de la manière prescrite par la loi, sous les conditions et après les épreuves qu'elle détermine. L'Empereur ne peut décemment invoquer aucun des motifs par qui le divorce est jus* tifiable.

D'ailleurs, devant qui l'invoquerait-il ? Est-il justiciable des tribunaux qu'il a institués, lorsque les princes de son sang ne relèvent que du Conseil de famille et de la Haute cour impériale? Ce Conseil de famille, qu'il préside, est-il davantage compétent? Par le statut du 30 mars 1806, l'Empereur a in ter-

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