L'ASSEMBLEE DE FAMILLE
princesses, en grand costume, s'assemblent avant neuf heures du soir : les femmes décolletées, la haute chérusque de dentelle d'or ou d'argent montant derrière le «ou et faisant valoir la gorge, les Sommes chatoyants de soies et de velours clairs, étineelants de broderies, la poitrine traversée de grands cordons/ avec les ordres en diamants sur les manteaux. Par la Salle des Maréchaux, où attendent des officiers, couverts de la poussière des routes, la barbe longue 1 de huit jours,. arrivés à l'instant en courriers d'Espagne ou de Bavière, la Famille impériale pénètre jusque dans la Salle du Trône, égrenant dans les salons de service les chambellants et les dames de suite. La Salle du Trône s'emplit des princes de l'Empire , des grands officiers appelés pour le Conseil privé, des dames de l'Impératrice, des dames d'honneur des Princesses.
Bientôt, s'ouvre pour les princes la porte du Grand cabinet de l'Empereur et, selon leur rang de famille, on introduit Madame, Louis, Jérôme, Murât, Eugène, Julie, Hortense, Catherine, Pauline, Caroline. L'Empereur et l'Impératrice les attendent. Un quart d'heure se passe. Quel quart d'heure ! Joséphine n'a pour s'y reposer, au milieu de cette haine qui l'environne, que le franc et loyal regard d'Eugène, la timide tendresse d ? Hortense. Mais Hortense n'est-elle pas aussi condamnée? Sans doute, à ce suprême moment, l'Empereur redouble d'égards et de témoignages d'affection; mais n'est-ce pas qu'il a besoin d'elle? Et, demain, que sera-t-elle? Que deviendra-t-elle ? Quel
cas fera-t-on des promesses et quel souvenir aurat-on gardé des serments ?
Après ce quart d'heure d'étiquette, l'Empereur ordonne qu'on introduise rArchichancelier et Regnauld, le secrétaire de l'état de la Maison impériale. La cérémonie commence : sur les sièges disposés selon Tordre des préséances, fauteuils pour l'Empereur» l'Impératrice et Madame, chaises pour les reines et les rois, tabourets pour les princes de l'Empire, l'assemblée prend séance. L'Empereur parle : s' adressant à Cambacérès, il prononce un discours. À celui qu'on lui a préparé, très sec, exposant seulement les faits, sans une phrase qui marque sur Joséphine, il a substitué des paroles où vibrent sincèrement le regret et l'affection : « Dieu sait, ditil, combien une pareille résolution a coûté à mon cœur ! Mais il n'est aucun sacrifice qui soit au-dessus de mon courage, lorsqu'il m'est démontré qu'il est utile au bien de la France. J'ai besoin d'ajouter que, loin d'avoir jamais eu à me plaindre, je n'ai au contraire qu'à me louer de l'attachement et de la tendresse de ma bien-aimée épouse : elle a embelli quinze ans de ma vie; le souvenir en restera toujours gravé dans mon cœur. Elle a été couronnée de ma main ; je veux qu'elle conserve les rangs et le titre d'Impératrice couronnée, mais surtout qu'elle ne doute jamais de mes sentiments et qu'elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami. >
C'est à Joséphine de parler : de la déclaration qu'on a préparée pour elle, elle aussi a modifié les termes,