LE RANG DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE
est libre ; mais, pour que les canonistes s'inclinent et qu'un prêtre étranger procède à une cérémonie nuptiale, il faudra tout le déploiement de la raison d'Etat et toute la crainte qu'inspire la puissance de l'Empereur.
Joséphine s'est entièrement désintéressée du débat où elle n*a pas eu à paraître. Les velléités qu'elle a eues jadis de lutter et en vue desquelles elle s'est procuré le certificat de son mariage religieux, n'ont pas tenu devant les observations de ses enfants ; aussi bien, la dissolution du mariage civil a tout résolu et la position qui lui est faite par l'Empereur l'oblige au silence.
Dans l'histoire de France où Lacépède et Regnauld se sont plus à chercher des précédents, nul exemple d'un tel traitement pour une souveraine descendue du trône. Au fait, en descend-elle ? En vertu de l'article 2 du Sénatus-consulte , « l'impératrice Joséphine conservera les titre et rang d'Impératrice- Reine couronnée ». Napoléon hésite même à savoir qui aura le pas, d'elle ou de l'Impératrice régnante. H ordonne des recherches dans les Archives, et Regnauld de Saint- Jean d'Angely parcourt vainement les registres de cérémonial. Faute d'espèce analogue, on va trouver les reines douairières, mais là encore point d'exemple à invoquer. On découvre, il est vrai, dans un cahier intitulé ; Règles des Rangs et des Ci' remontes, un article 42 portant « Les Reines douairières doivent procéder les Reines régnantes », mais, de ce règlement, sans date et sans authenticité, on ne four-
M JOSÉPHINE EËPUD1ÉC
voit nulle application. Pourtant, à l'appui de cette thèse, ,Regnauld invoque l'exemple de la Russie où rimpératrice-mère garde, en toute circonstance, le premier rang. Sans doute, à la Cour, l'Empereur a assigné le rang de l'impératrice Joséphine après L Impératrice régnante, mais doit-il en êti*e de même à l'Almanach impérial? Cela tient la publication en suspens jusqu'à ce que l'Empereur ait décidé que l'impératrice Joséphine suivra immédiatement les héritiers appelés par les Constitutions et précédera les membres de la Famille qui ne sont pas successives. Si Ton s'en rapporte au cérémonial usité à la cour, Joséphine devra donc, si elle paraît avec la Famille, siéger dans un fauteuil à la place qu'occupait jadis Madame, à la droite de l'Empereur, avec les princes après elle, et l'Impératrice régnante aura la gauche avec des princesses au-dessous. Ne lui dit-on pas : Votre Majesté ? N'a-t-elle pas gardé avec l'écusson impérial sans brisure, la couronne aquilée et le manteau semé d'abeilles ? Ses gens ne portent-ils pas la livrée impériale et ne « jouit-elle pas du droit d'avoir sa voiture attelée de huit chevaux » comme l'Empereur? Bien mieux, les officiers et les dames de son service d'honneur, nommés par l'Empereur, jouissent, à la Cour impériale, du rang et des prérogatives des officiers de la Maison de l'Empereur, et ces officiers sont presque en même nombre que dans la primitive Maison de l'Impératrice*, puisque les cadres fixés com-
1 La Maison de l'Impératrice nommée en 1805 se composait d'un premier aumônier, une dame d'honneur, une dama d'atovrs, don»