LE LENDEMAIN DE L'ARRIVÉE
Hortense que cinq à six des dames du Palais et une seule personne qui ne fût pas de la Maison — la duchesse de Raguse ; à présent, la foule se précipite et croit faire sa cour en remplissant seulement un devoir. Mais l'effet est produit et une fois de plus les fidélités ont donné leur mesure.
Quelle journée, celle du lendemain de l'arrivée I II ne cesse de pleuvoir. La matinée s'est passée en crises de larmes provoquées par la vue « des lieux qu'elle a si longtemps habités avec l'Empereur », redoublées à chacune des visiteuses — la duchesse de Bassano, la duchesse de Rovigo, M™ de Montalivet, M"* Octave de Ségur, M ma de Luçay, la duchesse d'Elchingen, la duchesse de Raguse — qui exaltent à l'envi la résignation et le courage de tout ce qui est fieauharnais. À la première heure, l'Empereur a, de Trianon, envoyé aux nouvelles d'Audenarde, son bel écuyer. « Il me dit, écrit-il, que tu n'as plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments qui ne peuvent ni ne doivent changer, du moins de mon côté. J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr qur tu es forte et non faible. Je le suis aussi un peu et cela me fait un mal affreux. » Quoi qu'on fasse pour le retenir à Trianon, où toute la Famille réunie l'entoure, cherche à user son temps, où, pour le distraire, Pauline a amené, outre sa dame d'honneur, M me de Cavour, M* 6 ' de Barrai, de Ghambaudouin et de Matois, il souffre et il s'agite à la sentir si près, désespérée. Impossible par cette pluie de se promener ou
de chasser : on est réduit à jouer aux cartes. Il s'en lasse, demande sa voiture, court à Malmaison, et* au retour, il lui écrit encore : « Mon amie, je t'ai trouvée aujourd'hui plus faible que tu ne devais être. Tu as montré du courage, il faut que tu en trouves pour te ( soutenir ; il ne faut pas te laisser aller à une funeste mélancolie et surtout soigner ta santé qui m'est si pré- 1 rieuse. Si tu m'es attachée et si tu m'aimes, tu dois
p te comporter avec force et te (placer?) heureuse. Tu
i ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre
p amitié et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments
que je te porte, si tu supposais que je puis être heu* reux si tu n'es pas heureuse, et content si tu ne te tranquillises. Adieu, mon amie, dors bien, songe que je le veux. » Tombant à l'heure du coucher, cette lettre de tendresse amène encore des crises de larmes et l'insomnie.
Si, au matin, elle pouvait se promener dans le pare, prendre un peu de fatigue dans les allées, s'intéresser aux choses anciennes, se distraire en projets nouveaux, mais il pleut et il vente : il faut qu'on reste à l'intérieur. Eugène essaie de lagalté, des mots rieurs, de l'esprit de jeunesse : cela détonne. Le mieux, ce sont les visites et, à partir du déjeuner elles affluent. « Il y a un monde énorme. » A chaque nouvelle personne qui apporte les assurances de son dévouement I et de son respect et la banalité de ses condoléances, Joséphine repart en larmes. C'est d'étiquette, au moins de politesse. Si, par nature, elle n'y était pas portée; si elle n'avait pas, comme elle eut toujours,