L'IMPRESSION A PARIS
une faculté rare, môme chez une femme, de pleurer à volonté, abondamment et sans motif ; si, de ces larmes elle n'empruntait pas l'attitude à la fois la plus seyante et la plus convenable, elle pourrait encore, par l'éner- ▼ement qu'elle éprouve, en tirer un soulagement. Estce du désespoir, comme on le dit, et faut-il croire que, à des moments, sa tête s'égare ? Pourtant « il ne lui échappe pas un mot de trop, pas une plainte aigre ; elle est réellement douce comme un ange ». L'attitude est excellente, et même elle est naturelle.
A Paris, elle produit un excellent effet. Ceux mêmes qui lui furent constamment opposés à la Cour consulaire et impériale, disent l'intérêt que lui porte le public, la réserve, la décence et la sagesse avec laquelle» du plus petit au plus grand, chacun s'exprime sur la séparation. On la plaint, on la trouve courageuse, on admire son sacrifice. Les partisans véritables de l'Empereur, s'affligent, sans oser pourtant, à l'exception de quelques soldats, tels que Rapp, blâmer ouvertement ; et, ailleurs, on se prend pour elle d'un intérêt inattendu, et Ton cherche à exploiter sa disgrâce.
Le 18, sous la pluie, l'Empereur courre le cerf dans la forêt de Saint-Germain et, par trois fois, fait demander des nouvelles. Le 19, avant de partir pour la chasse à tir au plateau de Satory, il expédie Savary, car il ne lui suffit point d'écrire et de recevoir des lettres : il lui faut des témoins qu'il interroge et qu'il presse de questions, et il les choisit assez familiers pour qu'ils reçoivent des confidences, observent les
m JOSÉPHINE RÉPUDIÉE
détails et le renseignent de tout. En revenant de la chasse, il trouve une lettre d'elle et il lui écrit : « Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours : cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui. Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus. Demain, toute la journée, j'ai les ministres. Adieu, mon amie ; je suis triste aujourd'hui ; j'ai besoin de te savoir satisfaite et d apprendre que tu prends de l'aplomb. Dors bien. »
.Le 20 donc, point de visite ; il y a conseil ; d'ailleurs, on attend le roi de Bavière, au-devant duquel Eugène est allé jusqu'à M eaux. Le 21, l'Empereur veut venir, « mais il est très occupé et un peu indisposé ». « Je te prie, écrit-il, de me dire comment tu .te portes. Le temps est bien humide et pas du tout sain. » Dans la journée, le soleil se montre. « J'espère, écrit-il le soir, que tu auras été voir tes plantes, la journée ayant été belle. Je ne suis sorti qu'un instant cet après-midi, à trois heures» pour tirer quelques lièvres. » Elle s'est promenée en effet. M mo de Rémusat qui s'est instituée sa directrice physique et morale, l'y a forcée, voulant, dit-elle, essayer de fatiguer son corps pour reposer son esprit. Elle s'est laissée faire; elle se laisse interroger, questionner» agiter en tous sens, et elle se prête à tout, comprenant bien l'intention et semblant en savoir gré au milieu de ses larmes. « Il me semble quelquefois, dit-elle, que je suis morte et qu'il ne me reste qu'une