JOSÉPHINE ET L'ELYSÉE
de passage, quand elle a l'Elysée! Ah! si l'Elysée était libre ! Mais le roi de Saxe parti, tout de suite, les Murât s'y sont installés (17 décembre), heureux de rentrer en leur bien, fût-ce pour quelques jours * et surtout de prendre la place de l'Impératrice. Et Caroline s'y trouve si agréablement qu'elle ne pense nullement à quitter; elle y donne des bals masqués, elle y fait, quinze jours durant, répéter le quadrille des Echecs qu'on doit danser chez Marescalchi; elle est chez elle. Il y a d'ailleurs des formalités à remplir : L'architecte de la Couronne n'a pas encore fait la remise officielle à l'architecte de l'Impératrice. Au moins, ce sera pour la première semaine de janvier. Joséphine en a la promesse formelle et elle n'a garde de ne point la faire réitérer par l'Empereur, lorsqu'il vient, quoique souffrant, lui souhaiter la bonne année; même, sans doute, touche-t-elle un mot de son désir à la reine de Naples qui ne manque pas, ainsi que les princesses, de lui offrir ses vœux. Le lendemain, à la chasse au Bois de Boulogne, Caroline essaie de se rattraper près de l'Empereur, mais, cette fois, elle fait buisson creux.
11 ne suffit pas de venir à l'Elysée, il faut y rester et, pour cela, Joséphine, ce jour même, joue un coup de partie qui, s'il réussit, la posera en négociatrice du mariage de l'Empereur, en protectrice de la nou-
1 Dans ce chassé-croisé que font les rois à Paris en décembre 1809, c'est Eugène qui, installé d'abord à l'hôtel Marbeuf, le cède au roi de Bavière lorsqu'il arrive et prend alors au Pavillon de Flore l'appartement qu'occupaient les Murât, lesquels vont À l'Elysée.
veile épouse, lui assyrera, pense-t-elie sa reconnaissance, et la mettra en posture de ne pouvoir, sans ingratitude, être éloignée par elle. Du côté de la .Russie, elle n'a rien à espérer et elle a tout à craindre. Elle n'y connaît personne qui puisse s'intéresser à elle; elle n'a eu aucun rapport avec l'empereur Alexandre. C'est là un monde nouveau dont elle a peur. Avec l'Autriche, tout au contraire. Dès 1796, elle était en coquetterie avec l'archiduc Ferdinand, grand-duc de Toscane; après Campo-Formio, elle recevait un admirable attelage que l'empereur, « touché des bons sentiments qui l'animaient », lui envoyait en présent de ses haras; elle était sur le pied de recommander des affaires, comme, d'Autriche, on lui en recommandait. On la tenait pour utile. On s'empressait à lui offrir des cadeaux et non des moindres. Elle était en familiarité avec Louis de Goblentz, en confidence avec Metternich. De tous côtés, elle connaissait des gens; elle se croyait assurée d'eux et se persuadait qu'ils ne lui manqueraient point.
Le 1 er janvier^ elle dépêche à M"* de Metternich, pour l'inviter à la venir voir à Malmaison, M"" d'Audenarde, la mère de l'écuyer, qu'elle a retirée près d'elle et mise dans son extrême confiance. Le 2, M 00 de Metternich se rend à cette invitation qui n'a nas été sans la surprendre. Dans les salons, elle trouve Eugène qui paraît l'attendre. Hortense survient : après des mots : « Vous savez, lui dit Hortense que nous sommes tous Autrichiens dans l'âme, mais vous ne devineriez jamais que ma mère a eu le courage