LA NÉGOCIATION DU MARIAGE AUTRICHIEN
actes ; il nomme sa maison ; il se réjouit si elle se promène ou se distrait. Le 6, après une longue visite où il a senti « combien sa société a de charmes pour lui », il travaille pour elle avec Estève, son trésorier» « J'ai accordé, lui écrit-il, 100000 francs pour 1810 pour l'extraordinaire de Malmaison. Tu peux don 6 faire planter tant que tu voudras ; tu distribueras cette somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève dé te remettre 200000 francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait. J'ai ordonné que Ton paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par l'Intendance, car je ne veux pas de voleries de bijou* tiers. Ainsi, voilà 400000 francs que cela me coûte, J'ai ordonné que l'on tint le million que la Liste civile te doit pour 1Ô10 à la disposition de ton homme d'affaires pour payer tes dettes. Tu dois trouver, dan» l'armoire de Malmaison, 5 à 600 000 francs, tu peut les prendre pour faire ton argenterie et ton linge. J'ai ordonné qu'on te fit un très beau service de porcelaine ; Ton prendra tes ordres pour qu'il soit très beau. » Enfin, il a commandé que les formalités de la remise de l'Elysée soient remplies dès le lendemain. » Voilà de quoi réjouir Joséphine et de quoi plaire à l'entourage ; car, à Malmaison, on s'ennuie à mourir. Par ces temps d'humide froidure, on est pénétré de tristesse au premier pas. Les visites se font rares ; le service n'est pas encore organisé et reste en quelque sorte volontaire. C'est comme une veillée de la mort qui se prolonge quinze jours après l'enterrement. Au début, Ton prenait l'air de tristesse; Ton n'a pas
besoin à présent de prendre l'air d'ennui. L'Impér»» trice continue à pleurer à chaque visiteur : cela parait beaucoup de larmes. Elle affecte de parler de l'Empereur, du désir qu'il lui témoigne de la voir habiter Paris. « Ce qu'elle dit eût paru simple le mois passé ; à présent, on n'y voit plus que 1 envie de faire croire à un crédit perdu. » Et, en effet, les jours suivent les jours, et ce départ annoncé ne s'effectue pas et l'on se prend à douter qu'il s'effectue jamais.
On a tort. Où les visiteurs voient une affectation, il n'y a encore que l'expression d'une vérité, mais, chaque jour, cette vérité s'estompe davantage et se rend moins formelle. Certes, Napoléon continue à souffrir de la solitude et de la rupture de ses habitudes. Malgré les fêtes que ses sœurs, les dignitaires, les ministres s'ingénient à lui donner, malgré les distractions de tous les genres qu'on se fait un devoir de lui présenter, il regrette de dtner seul, de ne plus trouver là, dans les journées de désœuvrement ou dans les nuits d'insomnie, cette femme qui savait l'écouter, le dorloter, et qui avait assez vécu avec lui pour connaître les répliques nécessaires à ses questions. Plus d'historiettes à entendre, plus de cancans à recueillir , son dictionnaire lui manque et son journal de Paris. Quelles que soient ses occupations, il prend encore le temps de courir à Malmaison, d'écrire, d'envoyer de petits présents ; mais il ne faut pas que l'absente tarde trop ; il faut qu'elle se hâte de renouer la chaîne des habitudes anciennes, qu'elle en forme qu'il puisse conserver lorsqu'il sera remarié : car voici que peu à